L’économie marocaine présente un visage contrasté à l’issue des cinq premiers mois de 2026. Si les investissements directs étrangers (IDE), les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE), les recettes touristiques et les exportations des secteurs automobile et aéronautique continuent d’afficher une dynamique positive, le creusement du déficit commercial et la persistance d’une position extérieure nette débitrice rappellent les déséquilibres auxquels le Royaume demeure confronté. C’est ce qui ressort des dernières données publiées par l’Office des changes.
À fin mars 2026, la position extérieure globale (PEG), qui mesure la situation patrimoniale du Maroc vis-à-vis du reste du monde, affiche un solde net débiteur de 749,2 milliards de dirhams, contre -791,8 milliards à fin décembre 2025. Cette amélioration de plus de 42 milliards de dirhams résulte d’un double mouvement : une progression des avoirs financiers de 29,4 milliards de dirhams et une diminution des engagements extérieurs de 13,2 milliards.
La hausse des avoirs est principalement portée par l’augmentation des réserves de change (+14,9 milliards de dirhams), la progression des “autres investissements” (+12,3 milliards) ainsi que par la hausse des investissements directs (+2,2 milliards). Du côté des engagements, la baisse provient essentiellement du recul des investissements directs étrangers inscrits au passif (-17,2 milliards) et des investissements de portefeuille (-3,5 milliards), malgré une augmentation de 7,4 milliards des autres investissements.
En parallèle, les échanges commerciaux continuent de peser sur les comptes extérieurs. À fin mai, le déficit commercial s’est établi à plus de 159 milliards de dirhams, en hausse de 20,8% par rapport à la même période de 2025. Cette dégradation s’explique par une progression des importations de biens (+11,8% à 370,5 milliards de dirhams), supérieure à celle des exportations (+5,8% à 211,41 milliards). Le taux de couverture des importations par les exportations recule ainsi de 3,2 points pour atteindre 57,1%.
La facture des importations est particulièrement alourdie par la forte progression des achats de produits bruts (+42,5% à 24,15 milliards de dirhams), des produits énergétiques et lubrifiants (+20,7% à 55,18 milliards), des biens d’équipement (+18,7% à 89,92 milliards) ainsi que des produits finis de consommation (+10,8% à 89,3 milliards). Les demi-produits progressent légèrement (+0,2% à 70,76 milliards), tandis que les importations de produits alimentaires diminuent de 2,4% pour s’établir à 40,16 milliards.
Malgré ce contexte, plusieurs secteurs exportateurs continuent de tirer la croissance des ventes marocaines à l’international. L’automobile confirme son statut de locomotive des exportations nationales avec un chiffre record de plus de 77,05 milliards de dirhams à fin mai, en progression de 15,9%.
Cette performance repose principalement sur la forte hausse des exportations du segment “Construction”, qui bondissent de 27,1% à 31,3 milliards de dirhams, ainsi que sur celles du câblage, en augmentation de 12,2% à 28,89 milliards.
L’industrie aéronautique poursuit également son expansion avec des exportations en hausse de 14,2%, atteignant 13,85 milliards de dirhams. Cette progression est portée aussi bien par les activités d’assemblage (+19,7%) que par les systèmes de câblage électrique (EWIS), qui enregistrent une croissance de 3,6%.
Le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire affiche également une évolution positive, avec une hausse de 3,4% de ses exportations.
En revanche, plusieurs filières historiques enregistrent un recul. Les exportations du textile et cuir diminuent de 9,1%, celles de l’électronique et de l’électricité de 9,8%, tandis que les phosphates et leurs dérivés reculent de 11,2%, pénalisant la progression globale des exportations marocaines.
Les échanges de services continuent, pour leur part, d’améliorer les équilibres extérieurs. L’excédent de la balance des services progresse de 11,1% pour atteindre 64,3 milliards de dirhams, grâce à une hausse de 10,6% des exportations de services, qui s’établissent à 130,9 milliards, contre une augmentation de 10,1% des importations à 66,6 milliards.
Cette bonne orientation est largement soutenue par le tourisme. La balance “Voyages” affiche un excédent proche de 40 milliards de dirhams, en progression de 19,4%. Les recettes touristiques atteignent 53,76 milliards de dirhams (+14,6%), tandis que les dépenses de voyages des Marocains à l’étranger augmentent plus modérément de 2,7%, à 13,77 milliards.
Autre indicateur encourageant, les transferts des Marocains résidant à l’étranger poursuivent leur progression. Ils atteignent plus de 50,22 milliards de dirhams à fin mai, contre 46,16 milliards un an auparavant, soit une hausse de 8,8%. Cette évolution confirme le rôle central de la diaspora marocaine dans le financement des comptes extérieurs et le soutien à la consommation intérieure.
Les investissements directs étrangers affichent également une nette amélioration. Le flux net des IDE s’élève à 23,32 milliards de dirhams à fin mai, en progression de 41,8% sur un an. Les recettes progressent de 20% à 29,84 milliards, tandis que les dépenses diminuent de 22,5% à 6,52 milliards, renforçant ainsi l’attractivité du Maroc auprès des investisseurs internationaux.
Parallèlement, les investissements directs marocains à l’étranger poursuivent leur montée en puissance. Leur flux net atteint 4,68 milliards de dirhams, contre 2,16 milliards à la même période de 2025. Les dépenses liées à ces investissements augmentent de 40,3% à 11,71 milliards de dirhams, tandis que les cessions progressent de 13,6% pour atteindre 7 milliards.
Au final, les indicateurs publiés par l’Office des changes mettent en évidence une économie marocaine portée par la vigueur de ses secteurs exportateurs à forte valeur ajoutée, l’attractivité retrouvée des investissements étrangers, la résilience des transferts des MRE et les excellentes performances du tourisme. Toutefois, la forte progression des importations, notamment énergétiques et d’équipement, continue d’alimenter un déficit commercial élevé qui demeure le principal défi des équilibres extérieurs du Royaume.
LNT