La Fédération nationale de l’agroalimentaire (FENAGRI) a organisé le 29 juin à Rabat, « le Forum National sur la Décarbonation des Industries Alimentaires au Maroc », sous l’égide du ministère de l’Industrie et du Commerce et du ministère de la Transition énergétique et du Développement durable.
L’événement a réuni représentants des pouvoirs publics, industriels, institutions financières, experts et partenaires techniques autour des enjeux liés à la transition bas carbone d’un secteur considéré comme stratégique pour l’économie nationale.
Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par la hausse des coûts de l’énergie, les tensions sur les ressources hydriques, le durcissement progressif des exigences environnementales sur les marchés internationaux et l’intégration croissante des critères climatiques dans les chaînes de valeur.
Selon les données présentées lors du forum, les industries alimentaires génèrent un chiffre d’affaires annuel d’environ 191 milliards de dirhams, regroupent près de 2 600 entreprises et emploient plus de 206 000 personnes. Le secteur représente également 44 milliards de dirhams d’exportations et couvre environ 77 % des besoins nationaux en produits alimentaires transformés.
Sur le plan énergétique, il consomme près de 380 000 tonnes équivalent pétrole par an, soit près d’un cinquième de la consommation énergétique industrielle nationale.
Dans ce contexte, la FENAGRI a engagé, avec l’appui du ministère de l’Industrie et du Commerce, une étude nationale destinée à élaborer une feuille de route de décarbonation des industries alimentaires à l’horizon 2040. L’objectif est d’identifier les principales sources d’émissions du secteur, d’évaluer les leviers de réduction possibles et de définir des scénarios de transition adaptés aux différentes filières.
Intervenant lors du forum, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a souligné que cette transition s’inscrit dans une logique de renforcement de la compétitivité industrielle et de souveraineté énergétique. Il a également insisté sur la nécessité pour les entreprises marocaines d’anticiper l’évolution des exigences internationales afin de préserver leur accès aux marchés.
Les échanges organisés durant cette matinée ont mis en avant une approche qui présente la décarbonation non seulement comme une réponse aux contraintes environnementales et réglementaires, mais aussi comme un levier potentiel d’amélioration de la performance énergétique, de modernisation industrielle et de renforcement de la compétitivité.
« La décarbonation des industries alimentaires n’est plus un sujet de demain. C’est un chantier d’aujourd’hui », a déclaré Abdelmounim El Eulj, président de la FENAGRI, soulignant les impacts attendus sur la compétitivité, l’investissement et la résilience des entreprises.
Les discussions ont également insisté sur la nécessité d’une coordination entre acteurs publics et privés afin d’accompagner la transformation du secteur. Parmi les priorités évoquées figurent le développement de mécanismes de financement adaptés, le renforcement de l’expertise technique des entreprises et une meilleure articulation entre politiques industrielles, énergétiques et environnementales.
Une attention particulière a été accordée aux TPME qui constituent une part importante du tissu industriel national. Les participants ont souligné l’importance de proposer des solutions accessibles, des diagnostics adaptés et des modèles de financement compatibles avec leurs capacités d’investissement.
Cette journée a aussi été marquée par une cérémonie de remise des Prix de la décarbonation, destinée à distinguer des entreprises engagées dans la réduction de leur impact environnemental. Plusieurs initiatives ont été récompensées dans différentes catégories : Cosumar pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, Lessieur Cristal pour la performance énergétique, Central Danone pour la décarbonation des processus industriels, Bel Maroc pour la gestion durable de l’eau, Equatorial Coca-Cola Bottling Company pour l’économie circulaire, ainsi qu’ARA Rose, primée dans la catégorie des très petites entreprises pour son engagement environnemental.
À l’issue du forum, la FENAGRI a indiqué vouloir poursuivre les travaux engagés à travers la mise en place d’un dispositif de suivi de la feuille de route, l’organisation d’ateliers sectoriels et le renforcement du dialogue avec les partenaires techniques et financiers.
L’ambition affichée est de faire de cette feuille de route un outil d’orientation pour les industriels afin d’accompagner leurs décisions d’investissement et d’améliorer leur performance énergétique sur le moyen et le long terme.
A. Loudni
