La Dystopie ne sera pas télévisée

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Les quatre piliers de la dystopie, qu’ont en commun « 1984 » ou « Le meilleur des mondes » sont un pouvoir totalitaire, la surveillance des masses, la manipulation via le contrôle de l’information et la déshumanisation. Lorsqu’il s’agit de fictions, la concomitance de tous ces piliers crée des œuvres complètes idéales pour une adaptation cinématographique. Mais lorsque la fiction rattrape la réalité, il est déjà peut-être trop tard.

Dans le monde actuel, même l’Histoire, dans laquelle nous sommes censés puiser des enseignements pour éviter les erreurs et errements du passé, devient caduque. Parce que la situation que nous vivons est inédite à bien des égards.

Qui aurait pu imaginer que les célébrations de l’anniversaire d’un Président américain incluraient un octogone de MMA à la Maison Blanche ? Qui aurait pu anticiper un show de motocross digne de RedBull devant le bureau ovale ? Alors, comme un commentateur américain anonyme le relève avec ironie et cynisme sur X (ex-Twitter), le scenario a tout d’un péplum du temps de Rome où l’empereur organise des jeux à sa gloire au Colysée, après avoir clôturé une guerre avec la Perse. Mais cela n’enlève rien à l’aberration de cette production que même Hollywood n’a jamais scripté.

Mais, le plus inquiétant n’est pas cette énième excentricité de Donald Trump, qui n’est que la partie apparente de l’iceberg qui occupe l’attention médiatique, c’est bien ce qui devient latent et constant dans une grande partie des sociétés mondiales.

Les pouvoirs ou les élites avec des relents totalitaires se multiplient et on ne peut que constater le nihilisme dont elles font preuve. En France, près de chez nous, la fracture est telle entre l’extrême droite et l’extrême gauche que tôt ou tard, l’un l’emportera sur l’autre dans un raz de marée qui n’épargnera pas tous ceux qui pensent que cela n’arrivera pas.

Parce que les idées dont on nourrit les masses et les couleuvres entières que l’on avale derrière nos écrans n’ont jamais été aussi nauséabondes. Les théories raciales sous couvert de lutte anti-immigration, le masculinisme toxique en réponse au mouvement #metoo et à près d’un siècle de lutte pour le droit des Femmes, la pédocriminalité dont on découvre à la fois l’ampleur institutionnalisée en même temps que le laxisme judiciaire, l’affaire Epstein qui n’a engendré aucune condamnation, tout cela participe au même résultat. Cette déshumanisation qui doucement mais surement nous fait accepter l’impensable. Alors même que les médias sociaux et nos téléphones greffés à nos phalanges nous abreuvent d’un flux d’images et d’informations inédit en volume dans l’histoire de l’humanité, nos réactions et notre capacité d’action se réduisent. Le conflit israélo-palestinien est la preuve la plus criante que la propagande, la manipulation et l’endoctrinement finissent par anesthésier l’audience qui ne ressent plus ce qu’elle devrait, entre deux contenus de divertissement, de football ou de marketing, qui nous font oublier notre condition d’esclaves de la modernité.

Dans ce contexte où l’impensable devient la norme, on en viendrait presque à espérer que les extraterrestres viennent mettre leur nez dans nos affaires. Un scenario au moins plus flou que la prise de contrôle de nos sociétés, nos esprits et nos âmes par une intelligence artificielle à laquelle seuls ses créateurs, planqués dans leurs bunkers survivalistes, n’obéiraient (peut-être) pas. “The revolution will not be televised” …

Zouhair Yata

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