Accord entre Washington et Téhéran : les marchés mondiaux saluent la perspective d’une détente énergétique

Par LNT
détroit ormuz

L’annonce d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran a provoqué une vive réaction des marchés financiers mondiaux, alimentant un regain d’optimisme chez les investisseurs. La perspective d’une réouverture du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole, a entraîné une forte baisse des cours de l’or noir et un rebond généralisé des principales places boursières en Asie, en Europe et aux États-Unis.

Les investisseurs ont principalement réagi à la possibilité d’un retour progressif des flux pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz, par lequel passe habituellement près d’un cinquième de la production mondiale de pétrole brut. Ce passage maritime était largement paralysé depuis le début du conflit entre l’Iran et les États-Unis à la fin du mois de février, alimentant des tensions sur les marchés de l’énergie et ravivant les craintes inflationnistes.

Le pétrole en nette baisse

L’annonce de l’accord a immédiatement pesé sur les cours du pétrole. Lundi, le Brent de la mer du Nord, référence mondiale, a chuté d’environ 5 %, tandis que le WTI américain a reculé dans des proportions similaires.

La baisse s’est poursuivie mardi. En milieu de matinée, le Brent cédait encore près de 2 % à 81,53 dollars le baril, tandis que le WTI américain reculait de 2,20 % à 78,97 dollars.

Selon Stephen Innes, analyste chez SPI Asset Management, les marchés ont avant tout intégré une diminution de la « prime de risque » liée au détroit d’Ormuz. Une réouverture effective du passage maritime pourrait réduire les incertitudes pesant sur les transporteurs, les assureurs et les marchés de l’énergie.

Plusieurs analystes invitent toutefois à la prudence. Gregory Brew, d’Eurasia Group, estime qu’il faudra plusieurs semaines, voire un mois, pour que les flux pétroliers retrouvent une partie significative de leur niveau d’avant-guerre. Des opérations de déminage et des questions liées à la sécurité maritime pourraient encore ralentir la normalisation du trafic.

Michael Wan, analyste à la banque MUFG, souligne également que la pérennité de l’accord dépendra des modalités précises qui seront retenues par les deux parties, celles-ci n’ayant pas encore été dévoilées.

Un regain d’appétit pour le risque

Malgré ces incertitudes, la perspective d’un apaisement géopolitique a rapidement favorisé un retour des investisseurs vers les actifs jugés plus risqués.

À Wall Street, le mouvement a été particulièrement marqué. L’indice Dow Jones a progressé de 0,92 % pour clôturer à un niveau record de 51.671 points. Le Nasdaq, porté notamment par les valeurs technologiques, a bondi de 3,07 %, tandis que l’indice élargi S&P 500 a gagné 1,65 %.

« L’enthousiasme règne sur Wall Street », a résumé Peter Cardillo, analyste chez Spartan Capital Securities, estimant que les marchés ont accueilli favorablement la perspective d’une stabilisation du Moyen-Orient et d’une détente sur les marchés de l’énergie.

Les grandes valeurs technologiques ont largement contribué à cette progression. Nvidia a gagné 3,54 %, Alphabet 2,59 %, Microsoft 2,31 % et Apple 1,82 %.

Le mouvement a également bénéficié aux secteurs fortement consommateurs d’énergie. Les compagnies aériennes américaines ont progressé de manière significative, United Airlines gagnant 3,85 %, American Airlines 3,20 % et Alaska Air Group 3,72 %.

À l’inverse, les valeurs pétrolières ont été pénalisées par la baisse des cours du brut. Exxon Mobil a perdu 4,13 %, Chevron 3,64 % et ConocoPhillips 4 %.

L’Asie et l’Europe dans le sillage de Wall Street

Les marchés asiatiques ont eux aussi réagi favorablement à l’annonce de l’accord.

À Tokyo, l’indice Nikkei a enregistré une hausse de 4,99 % pour terminer à 69.317 points, tandis que l’indice élargi Topix a progressé de 3,03 %. À Séoul, le Kospi a bondi de 5,20 %. Les Bourses de Sydney et de Taipei ont respectivement gagné 1,25 % et 2,78 %, tandis que l’indice Hang Seng de Hong Kong évoluait également dans le vert.

Selon les analystes de Tokai Tokyo Intelligence, l’apaisement des inquiétudes liées à l’inflation énergétique a favorisé des achats sur un large éventail de valeurs.

En Europe, la tendance est demeurée positive. La Bourse de Paris a poursuivi sa progression mardi, le CAC 40 gagnant 0,59 % après avoir déjà progressé la veille. Les places de Francfort et de Londres ont également ouvert en hausse.

Les stratégistes de Natixis soulignent qu’une rotation sectorielle s’est opérée au profit de l’automobile, de l’industrie, des banques, des compagnies aériennes et des secteurs du voyage et des loisirs, au détriment de l’énergie, de la défense et de certaines valeurs défensives.

Pour Florian Ielpo, de Lombard Odier, les marchés « achètent la fin du choc pétrolier », même si les investisseurs ne considèrent pas encore que l’ensemble des risques inflationnistes ont disparu.

La détente énergétique profite aussi aux marchés émergents

L’amélioration du sentiment de marché s’est également reflétée sur d’autres places financières.

À Casablanca, le MASI a clôturé lundi en hausse de 4,46 %, soutenu notamment par les secteurs des mines, de la promotion immobilière et des services de transport. La capitalisation boursière a dépassé les 1.080 milliards de dirhams et les échanges ont porté sur plus de 544 millions de dirhams.

Si les marchés saluent aujourd’hui l’annonce d’un apaisement entre Washington et Téhéran, nombre d’analystes rappellent néanmoins que l’évolution future dépendra de la mise en œuvre effective de l’accord et du rétablissement progressif des flux énergétiques dans le détroit d’Ormuz.

SB

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