La région du Sahel central, en Afrique, se trouve à « un dangereux point de basculement », avec la multiplication des attaques de groupes extrémistes, a prévenu lundi le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.
« Au Mali, des groupes armés extrémistes ont lancé des attaques coordonnées contre plusieurs villes et localités en avril, faisant de nombreuses victimes parmi la population civile », a déclaré Volker Türk, à l’ouverture de la 62e session du Conseil des droits de l’homme à Genève.
« Je suis préoccupé par les informations selon lesquelles les forces de sécurité auraient procédé à des exécutions extrajudiciaires, enlevé des opposants politiques et détenu des journalistes de renom pour avoir fait leur travail », a-t-il ajouté.
Depuis 2012, le Mali fait face à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI), ainsi que des indépendantistes et des groupes criminels communautaires.
Après près de 10 ans de présence militaire française, ce pays, dirigé par la junte du général Assimi Goïta, a rompu l’alliance avec l’ancienne puissance coloniale pour se tourner vers la Russie, faisant notamment appel aux services du groupe paramilitaire Wagner, devenu Africa Corps. Celui-ci n’a toutefois pas empêché fin avril la prise de Kidal, ville-clé du nord malien, par les rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA), à dominante touareg.
Le Sahel est une vaste région d’Afrique au climat semi-aride qui regroupe notamment en son centre le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Ces trois pays forment l’Alliance des Etats du Sahel (AES), une confédération de régimes militaires souverainistes qui ont quitté le bloc ouest-africain de la Cedeao, l’accusant d’être à la solde de l’Occident et de ne pas les soutenir suffisamment dans leur lutte contre les jihadistes.
Au Burkina Faso, qui fait face depuis plus d’une décennie aux offensives meurtrières de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique sur de larges pans de son territoire, « des groupes armés extrémistes continuent d’attaquer, d’enlever et de menacer des civils », a indiqué M. Türk.
Ce pays est dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir après un coup d’Etat militaire en septembre 2022 et qui revendique ne pas être une démocratie. Le Haut-Commissaire « déplore que les autorités aient dissous ou suspendu plus de 930 organisations de la société civile depuis avril ».
Le Niger, où les militaires ont pris le pouvoir en juillet 2023, est également en proie à des violences de groupes jihadistes liés notamment à Al-Qaïda et à l’organisation Etat islamique.
« Les attaques par des groupes armés extrémistes » s’y « multiplient, et la formation de groupes dits d’autodéfense fait peser de graves risques d’exactions et de violences intercommunautaires » tandis que « personne n’a été tenu responsable des violations qui auraient été commises par l’armée », a affirmé M. Türk.
LNT avec Map
