La deuxième édition du GenZ AI Summit s’est tenue le 4 juin 2026 à l’initiative d’Orange Maroc, à travers l’Orange Digital Center. Consacré à l’intelligence artificielle et à son impact sur la génération Z, l’événement a réuni étudiants, start-up, experts, acteurs institutionnels et entreprises technologiques autour de conférences et de panels thématiques.
Placée sous le thème « L’IA et la Génération Z : apprendre, créer et innover avec l’intelligence artificielle », cette édition a connu la présence de la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni.
Dans son intervention, la ministre a replacé l’essor de l’intelligence artificielle dans un contexte global de transformation structurelle, soulignant son rôle croissant dans la compétitivité économique, la souveraineté technologique et l’influence stratégique des nations. Elle a rappelé les orientations nationales, notamment la stratégie « Maroc Digital 2030 » et la feuille de route « AI Made in Morocco », visant à renforcer l’écosystème numérique et à développer des solutions locales.
Elle a également évoqué le programme des instituts Jazari, conçu pour structurer la recherche, l’innovation et l’industrialisation de l’IA au Maroc dans plusieurs domaines stratégiques, allant des villes intelligentes à l’éducation, en passant par l’énergie ou encore la santé. Ce dispositif repose sur une logique de réseau et d’interconnexion entre recherche, formation et entrepreneuriat.
La ministre a par ailleurs insisté sur la dimension de souveraineté linguistique, évoquant le développement de modèles de langage intégrant la darija. « Une intelligence artificielle qui ne comprend pas les langues d’un peuple ne peut répondre équitablement à ses besoins ni refléter pleinement son identité », a-t-elle affirmé, en référence aux initiatives visant le développement de modèles de langage souverains.
De son côté, le CEO d’Orange Maroc, Hendrik Kasteel, a mis l’accent sur le rôle du digital center dans l’accompagnement des jeunes.
« À travers l’Orange Digital Center, nous avons fait le choix d’investir durablement dans les compétences, l’innovation et l’employabilité des jeunes », a-t-il déclaré. Il a ajouté que le GenZ AI Summit permet à la génération Z « de mieux comprendre les transformations liées à l’intelligence artificielle et d’en explorer les opportunités ».
Sept thématiques pour explorer les impacts de l’IA
Les échanges ont porté sur sept thématiques majeures : IA & Design, IA & Startups, IA & RH, IA & Data, Agentic AI, IA & Gaming et IA & Darija. Les intervenants ont mis en avant à la fois les opportunités et les défis liés à l’adoption massive de ces technologies.
Ainsi, le directeur de création Houssam Chhih a insisté sur la transformation du rôle des créatifs avec l’arrivée de l’IA générative.
Il a expliqué que la véritable distinction ne se situe plus dans la capacité d’exécution, mais dans la capacité à formuler des intentions créatives.
« La question n’est pas de savoir comment faire, mais pourquoi faire », a-t-il expliqué, estimant que l’IA rend désormais l’exécution accessible, tandis que la valeur humaine réside dans la direction créative.
Il a illustré son propos à travers des cas d’usage en agence, notamment dans la production de campagnes publicitaires, où l’IA permet de réduire fortement les contraintes logistiques et de production.
Dans le panel consacré aux ressources humaines, les échanges ont mis en lumière l’intégration progressive de l’IA dans le recrutement.
Sanâa Benchekroun, directrice exécutive RH chez Orange Maroc, a indiqué que l’IA est principalement utilisée pour automatiser les tâches à faible valeur ajoutée, comme le tri des candidatures ou la présélection.
« L’IA va faire ce qu’elle fait classiquement dans d’autres métiers : supprimer les tâches à faible valeur ajoutée et faire gagner du temps et en fiabilité », a-t-elle expliqué.
Elle a également évoqué des expérimentations d’entretiens assistés par IA, permettant une pré-qualification plus rapide et plus objective des candidats.
De son côté le cofondateur de JobZyn, Simohamed Zizi, a insisté sur le rôle d’assistance de l’intelligence artificielle dans le processus de recrutement.
« L’IA ne décide jamais. L’IA est un outil d’aide à la prise de décision », a-t-il affirmé. Selon lui, l’IA permet surtout de réduire le volume de candidatures à traiter manuellement et d’accélérer les délais de recrutement, tout en élargissant la base de candidats réellement évalués.
Idriss Nemmaoui, directeur Products & Marketing chez Orange Business Maroc, a pour sa part insisté sur l’évolution des compétences attendues. Il a estimé que l’IA automatise désormais une partie des tâches traditionnellement confiées aux juniors, ce qui modifie les critères d’entrée sur le marché du travail.
« Les hard skills deviennent de plus en plus automatisables. Ce sont les soft skills qui font la différence : esprit critique, créativité et capacité d’adaptation », a-t-il expliqué.
Enfin, Imade Benalallam, cofondateur de ToumAI, a abordé la question de la souveraineté linguistique. Il a souligné l’importance de développer des modèles capables de comprendre la darija et les langues locales.
« Si l’intelligence artificielle n’est pas capable de comprendre les jeunes dans leur culture et leur façon de parler, elle ne pourra pas répondre correctement à leurs besoins », a-t-il indiqué. Il a également rappelé les travaux de recherche menés sur les modèles de langage locaux, ainsi que la transition vers une industrialisation progressive de ces technologies.
L’événement a également été marqué par des échanges et initiatives autour de la coopération entre acteurs publics et privés dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Asmaa Loudni
