Le scénario d’une aggravation record de l’insécurité alimentaire dans le monde en cas de conflit prolongé au Moyen-Orient est en train de se concrétiser, a averti l’ONU vendredi.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU avait prévenu en mars, deux semaines après le déclenchement de la guerre des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran, que près de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient être frappés par une insécurité alimentaire aiguë si le conflit ne cessait pas d’ici juin et si le prix du pétrole restait supérieur à 100 dollars le baril.
Ces personnes viendraient s’ajouter aux près de 320 millions qui souffrent déjà d’insécurité alimentaire aiguë dans le monde.
Alors que les hostilités ont repris ces derniers jours au Moyen-Orient, en particulier autour du détroit d’Ormuz – voie stratégique pour l’approvisionnement en hydrocarbures verrouillée par Téhéran – « le scénario négatif est malheureusement en train de se concrétiser », a déclaré à l’AFP Jean-Martin Bauer, directeur du service d’analyse de la sécurité alimentaire du PAM.
« La fermeture d’Ormuz se traduit par une hausse de la faim », a-t-il ajouté, soulignant l’envolée des prix des denrées de base comme le riz et le blé.
Le PAM a également averti que « la crise entraîne d’importants effets de contagion, notamment par le biais des chocs sur les prix du carburant et des denrées alimentaires, des pertes de revenus et des perturbations du commerce », dans une note d’analyse.
« À mesure que ces facteurs interagissent avec des vulnérabilités préexistantes, ils se traduisent rapidement par des répercussions visibles sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance », note-t-il.
En Somalie par exemple, le PAM prévoit ainsi que près de 60 % des ménages ne pourront pas subvenir à leurs besoins essentiels, contre 47 % en 2025.
« Ce qui se profile, c’est le retour d’une crise mondiale du coût de la vie semblable à celle que nous avons connue en 2022 », après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, a mis en garde M. Bauer.
Mais le secteur de l’aide humanitaire, qui s’était alors rapidement mobilisé, est aujourd’hui durement touché par des coupes spectaculaires dans son financement, a-t-il rappelé.
L’aide internationale est également affectée par la hausse des coûts et les difficultés logistiques liés au conflit, relève l’analyse du PAM. « Le système humanitaire est pris en étau: l’augmentation des besoins et celle des coûts de mise en oeuvre entraînent des lacunes » dans la prise en charge, explique-t-elle.
L’organisation estime qu’elle aidera 1,5 million de personnes de moins que prévu initialement en 2026, et prévient que si le conflit devait se poursuivre pendant six mois, plus de neuf millions de personnes pourraient perdre toute assistance.
LNT avec Afp
