Attijariwafa bank ouvre un nouveau chapitre de sa transformation numérique avec le lancement de Simple., présentée comme la première néobanque marocaine portée par un groupe bancaire traditionnel. Dix ans après le lancement de L’bankalik, qui avait permis au groupe de se positionner sur le segment bancaire digital à destination des jeunes, cette nouvelle initiative traduit une ambition plus large : adresser un spectre élargi de clients, allant des jeunes actifs aux familles, en passant par les commerçants, les Marocains résidant à l’étranger et les profils premium.
Lors d’une conférence de lancement à Casablanca, les dirigeants du groupe ont présenté cette nouvelle plateforme comme une évolution structurelle du modèle bancaire, pensée pour répondre à la transformation des usages numériques et à la montée des attentes en matière d’instantanéité, de personnalisation et de fluidité.
« La banque, c’est Simple. Ce n’est pas qu’une signature, c’est un engagement », a affirmé Ghyzlaine Alami Marrouni, directrice exécutive en charge du marché des particuliers et des professionnels au sein d’Attijariwafa bank. Selon elle, Simple. « n’est pas une application bancaire de plus, mais une réponse directe à ce que les clients attendent aujourd’hui de leur banque : rapidité, fluidité et une expérience vraiment intégrée dans leur quotidien ».
De L’bankalik à une néobanque à vocation plus large
Pour les responsables du groupe, Simple. s’inscrit dans la continuité de l’expérience acquise avec L’bankalik, tout en élargissant considérablement le périmètre.
Revenant sur cette trajectoire, Ghyzlaine Alami Marrouni a rappelé que « beaucoup pensaient que nous lancions simplement une application mobile. En réalité, nous étions déjà en train de tester une autre manière de faire la banque ». Selon elle, cette première expérience a permis de démontrer la pertinence d’un modèle digital orienté usages, avec une base ayant atteint près d’un million de clients et un modèle devenu rentable.
Mais la banque estime que le marché a changé. « Les standards d’expérience client sont aujourd’hui redéfinis par Spotify, Instagram, Glovo ou Booking », a souligné la responsable, estimant que les références des consommateurs ne sont plus bancaires, mais issues des grandes plateformes numériques du quotidien.
Dans cette logique, Simple. ambitionne de devenir non seulement la banque des nouvelles générations, mais aussi, selon ses promoteurs, une potentielle deuxième banque pour les Marocains déjà bancarisés.
Une promesse de simplification du parcours bancaire
Le cœur du projet repose sur une volonté de réduction des frictions associées aux usages bancaires classiques.
« Nous avons voulu faire de la simplification une vraie philosophie stratégique », a expliqué un responsable du groupe lors de la séance de questions-réponses. Selon lui, le constat de départ est celui d’une expérience bancaire encore perçue comme contraignante, qu’il s’agisse de l’ouverture de compte, de la récupération des moyens de paiement ou même de la clôture d’un compte.
L’un des changements les plus visibles concerne précisément l’entrée en relation bancaire. Le modèle proposé inverse la logique habituelle : le client récupère d’abord sa carte bancaire, puis finalise ensuite l’ouverture du compte via l’application mobile.
Le processus repose sur un parcours entièrement digitalisé incluant vérification biométrique, scan de pièce d’identité, signature électronique et validation automatisée.
« Vous n’avez plus besoin de parler à qui que ce soit. En quelques minutes, votre compte est ouvert et votre carte est déjà dans votre poche », a résumé Ghyzlaine Alami Marrouni.
Le groupe indique également vouloir simplifier la clôture des comptes, souvent perçue comme complexe dans l’imaginaire collectif bancaire.
Un modèle hybride entre digital et présence physique
Si Simple. se revendique comme une néobanque, Attijariwafa bank assume un modèle hybride, articulé autour du digital et du réseau physique.
« Le Maroc reste un pays de cash », a reconnu Ghyzlaine Alami Marrouni, en expliquant que l’ambition était de combiner « le meilleur des deux mondes » : la fluidité digitale et l’accessibilité physique.
L’offre s’appuie ainsi sur plus de 7.000 points de contact, entre agences Attijariwafa bank, Wafacash et guichets automatiques.
Les cartes Simple. seront distribuées à travers plusieurs canaux, notamment grandes surfaces, plateformes de livraison à domicile, points Wafacash et agences bancaires.
Le groupe mise ainsi sur une démocratisation de l’accès à la néobanque, y compris hors des circuits bancaires traditionnels.
Une “super app” bancaire tournée vers les usages quotidiens
Au-delà des services bancaires classiques, Attijariwafa bank positionne Simple. comme une “super app” intégrée.
La plateforme comprend des fonctionnalités de paiement, d’épargne, d’investissement, de voyage, de réservation, de cashback et de services communautaires.
« La banque ne devrait plus seulement être digitale, elle devrait être ancrée dans le quotidien », a estimé Ghyzlaine Alami Marrouni.
Parmi les fonctionnalités mises en avant figure Simple. Trip, une plateforme de réservation intégrée à l’application, permettant selon la banque de réserver des hébergements ou des services liés au voyage sans quitter l’environnement bancaire.
Le groupe évoque également une logique d’écosystème avec Simple. Deals, des offres promotionnelles, ainsi qu’une dimension éducative avec Simple. One, destinée aux adolescents de 12 à 17 ans, avec supervision parentale.
L’investissement fait également partie du périmètre, via Simple. Invest, qui propose des produits d’épargne, OPCVM, comptes à terme ou encore accès simplifié aux introductions en Bourse.
Le pari des paiements digitaux face au cash
Le lancement de Simple. Pay constitue l’un des volets les plus stratégiques du projet.
Le dispositif repose sur un paiement instantané par QR code entre utilisateurs, sans frais annoncés, avec une extension prévue aux commerçants.
Lors de la conférence, les responsables ont clairement présenté cette solution comme une réponse à la prédominance persistante du cash dans les usages quotidiens.
« Le cash est une vraie problématique dans notre pays », a déclaré Ghyzlaine Alami Marrouni, estimant que Simple. Pay pourrait contribuer à transformer une partie des échanges en espèces en paiements digitaux.
Un autre intervenant du groupe a rappelé que des transitions rapides avaient déjà été observées sur certains marchés africains où le groupe est implanté, notamment en Afrique de l’Ouest, avec l’essor d’instruments alternatifs aux paiements traditionnels.
L’objectif affiché est de proposer une alternative accessible, instantanée et gratuite, susceptible d’encourager l’adoption.
Une architecture technologique pensée pour évoluer rapidement
Le groupe insiste également sur la dimension technologique du projet. Hassan El Bedraoui, Directeur Général Délégué en charge du pôle Transformation, innovation technologie et organisation, a précisé que Simple. ne devait pas être perçue comme « juste une application », mais comme « une vraie rupture dans les plateformes technologiques ». Selon lui, l’architecture repose sur des systèmes ouverts, API-sés et “cloud-ready”, conçus pour accélérer le déploiement de nouveaux services.
« Le changement vient du client. Ce n’est plus la banque qui impose les produits », a-t-il expliqué. L’intelligence artificielle est appelée à jouer un rôle central dans cette évolution, avec des fonctionnalités conversationnelles déjà intégrées et des développements annoncés autour de services transactionnels pilotés par IA.
La question des données personnelles a également été abordée. Les responsables du groupe ont affirmé que l’exploitation des données clients s’inscrivait dans un cadre réglementaire structuré, avec dispositifs internes de gouvernance et supervision dédiée. Le groupe présente la personnalisation comme un levier majeur de différenciation, tout en insistant sur les impératifs de cybersécurité et de lutte contre la fraude.
Une ambition commerciale au-delà des nouveaux bancarisés
Le positionnement commercial de Simple. dépasse la logique classique de conquête de nouveaux clients non bancarisés. Le groupe assume ouvertement l’ambition de séduire des clients déjà équipés ailleurs. « Gardez votre banque principale et testez Simple. comme banque secondaire », ont résumé les dirigeants lors des échanges avec la presse. Cette stratégie cible notamment les usages transactionnels, le voyage, les paiements communautaires, l’investissement simplifié et les services à destination des Marocains du monde.
Plus d’informations sur cette nouvelle offre sont disponibles sur le site simple.ma.
Selim Benabdelkhalek