Le gouvernement de Benjamin Netanyahu traverse l’une des plus graves crises politiques de ces dernières années. La Knesset a approuvé mercredi en lecture préliminaire un projet de loi visant à dissoudre le Parlement israélien, ouvrant la voie à des élections anticipées qui pourraient marquer la fin du règne politique de Benyamin Netanyahu, déjà fragilisé par la guerre à Gaza, les divisions internes et les accusations de corruption qui le poursuivent depuis plusieurs années.
Le texte a été adopté à une écrasante majorité de 110 voix contre zéro, un signal fort de l’isolement politique grandissant du Premier ministre israélien. Cette première étape parlementaire devra encore être suivie de plusieurs lectures avant une dissolution définitive de la Knesset, mais elle révèle déjà l’ampleur des fractures au sein de la coalition la plus à droite de l’histoire d’Israël.
Au cœur de la crise figure le conflit autour de la conscription militaire des ultraorthodoxes. Les partis religieux alliés de Netanyahu reprochent au gouvernement son incapacité à faire adopter une loi exemptant les étudiants des écoles talmudiques du service militaire obligatoire, alors que des milliers de soldats israéliens sont mobilisés depuis des mois sur plusieurs fronts, notamment à Gaza et au Liban.
Mais derrière cette crise institutionnelle se cache surtout une contestation de plus en plus profonde contre Netanyahu et sa gestion de la guerre à Gaza. Depuis les attaques du 7 octobre 2023 et l’offensive israélienne qui a suivi, le Premier ministre israélien est accusé par une partie de l’opinion publique israélienne et internationale d’avoir plongé le pays dans une spirale de violence permanente, tout en échouant à ramener la sécurité promise à la population israélienne.
Les opérations militaires israéliennes à Gaza ont provoqué une catastrophe humanitaire majeure. Plusieurs organisations internationales et ONG accusent Israël d’avoir mené des bombardements massifs contre des zones civiles, causant des dizaines de milliers de morts palestiniens et détruisant une grande partie des infrastructures de l’enclave. Cette guerre, qui devait selon Netanyahu “éradiquer le Hamas”, a surtout accentué l’isolement diplomatique d’Israël et alimenté une contestation internationale croissante.
À l’intérieur même d’Israël, la colère monte également contre Netanyahu, accusé d’avoir privilégié sa survie politique au détriment de toute perspective de sortie de crise. Des familles d’otages israéliens détenus à Gaza dénoncent régulièrement l’absence d’accord durable pour leur libération, tandis que l’opposition accuse le Premier ministre de prolonger le conflit pour éviter sa chute politique et judiciaire.
Cette crise intervient alors que Netanyahu reste visé par plusieurs affaires de corruption et que des discussions autour d’un éventuel accord judiciaire continuent d’alimenter les spéculations politiques à Tel-Aviv. Plusieurs médias israéliens évoquent même la possibilité d’un retrait définitif de la vie politique en échange d’un arrangement judiciaire.
Sur le plan électoral, les sondages annoncent un net recul du Likoud et de ses alliés nationalistes et religieux. Une nouvelle alliance d’opposition réunissant l’ancien Premier ministre Naftali Bennett et Yair Lapid tente désormais de capitaliser sur l’usure du pouvoir et sur le rejet croissant de Netanyahu dans une partie de la société israélienne.
Malgré tout, de nombreux observateurs estiment que même en cas d’élections anticipées, Israël pourrait replonger dans un nouveau blocage politique, tant les divisions idéologiques sont profondes et tant le débat public reste dominé par la guerre, le nationalisme et la radicalisation du paysage politique israélien.
Pour plusieurs analystes, ce premier vote vers la dissolution du Parlement apparaît surtout comme le symptôme d’un pouvoir fragilisé par une guerre interminable, une crise morale et sécuritaire majeure, ainsi qu’un isolement diplomatique de plus en plus visible sur la scène internationale.
LNT
