Economie

Commande publique : L’entreprise marocaine profite-t-elle réellement de la Préférence Nationale ?

im-74342
PHOTO: ISTOCK

Articulée avec la promotion des PME, la Préférence Nationale se veut un levier stratégique pour stimuler l’économie nationale et garantir la souveraineté industrielle. Censé justement réguler l’accès aux marchés publics, ce mécanisme permet à l’entreprise marocaine de bénéficier d’une marge concurrentielle face aux multinationales. Mais est-ce vraiment le cas ? Le point.

De prime abord, il est important de rappeler que depuis la publication de la circulaire gouvernementale n°15/2020 relative à la mise en œuvre de la “Préférence Nationale” et à la promotion des produits et services marocains, un changement profond dans la gestion de la commande publique était très attendu de part et d’autre.

L’État, en tant que principal acteur économique du pays, projetait pour sa part que cette mesure parvienne à constituer un levier majeur de soutien au tissu entrepreneurial national.

Néanmoins, selon plusieurs professionnels et observateurs économiques, les grandes entreprises étrangères continuent de dominer de nombreux appels d’offres dans des secteurs stratégiques tels que le BTP, les infrastructures, les équipements ou encore les services techniques et de Conseil.

En effet, malgré les directives répétées du Gouvernement appelant à privilégier les entreprises nationales et à leur accorder une préférence dans les marchés publics, de nombreuses administrations et établissements, ayant passé outre les orientations de l’Exécutif en la matière, semblent être déconnectés de l’importance des enjeux socio-économiques de ce mécanisme pour le pays : « Plusieurs projets stratégiques continuent ainsi d’être attribués à des sociétés étrangères, alors même que les entreprises marocaines subissent une pression financière croissante et une concurrence jugée inéquitable, menaçant leur pérennité », dit-on auprès d’un opérateur marocain de la place.

Pour de nombreux spécialistes, le problème ne réside pas principalement dans les textes juridiques, mais surtout dans leur application au sein des Administrations publiques. Certains cahiers des charges, expliquent-ils, imposeraient des critères techniques et financiers particulièrement complexes, excluant de facto les PME marocaines de la compétition.

Dans d’autres cas, le recours à des groupes étrangers est justifié par des arguments liés à “l’expertise internationale” ou à la “capacité technique”, malgré l’existence d’entreprises marocaines ayant démontré leur savoir-faire aussi bien au niveau national qu’international, notamment dans les domaines de la construction, des ports, des ponts, et des grands projets d’infrastructure.

Face à cette situation, plusieurs acteurs économiques estiment que le non-respect du principe de Préférence Nationale a des conséquences directes sur l’économie marocaine : « Une part importante des devises quitte le pays au profit d’entreprises étrangères, au lieu d’être réinjectée dans le circuit économique national. Cette situation prive également des milliers d’ingénieurs, de techniciens et de travailleurs marocains d’opportunités d’emploi qui auraient pu être générées par les projets publics », tiennent-ils à préciser.

De leur côté, certaines administrations défendent leurs choix en rappelant que la loi sur les marchés publics repose avant tout sur les principes de concurrence, de transparence et de sélection de l’offre la plus avantageuse en termes de qualité et de coût, indiquant que la Préférence Nationale ne doit pas conduire à l’exclusion systématique des entreprises étrangères.

Toutefois, les voix critiques considèrent généralement cet argument insuffisant, rappelant que de nombreux pays développés mettent eux-mêmes en place des mécanismes de protection de leurs entreprises nationales dans le cadre de la commande publique.

En France, à titre d’exemple, une bonne partie des acteurs politiques et économiques continue de militer pour la mise en place d’une priorité aux entreprises françaises dans l’attribution des marchés publics, encore plus dans les secteurs en rapport avec l’environnement ou encore et les ressources naturelles.

Dans le même sens, il est important de constater que ce débat relance aujourd’hui les interrogations sur l’efficacité des mécanismes de contrôle et de suivi mis en place pour garantir le respect des directives gouvernementales en matière de Préférence Nationale. Plusieurs professionnels appellent ainsi à une révision des cahiers des charges et des critères de référence, qu’ils jugent parfois « conçus au bénéfice de grandes multinationales ».

En somme, et alors que l’avenir de l’entreprise marocaine et sa capacité de résilience restent au cœur des préoccupations économiques, de nombreuses voix réclament aujourd’hui plus que jamais le passage d’un simple discours de soutien au “Made in Morocco” à des politiques publiques concrètes et contraignantes. L’objectif : garantir une réelle égalité des chances dans l’accès aux marchés publics et permettre aux entreprises marocaines d’assurer pleinement leur rôle dans des projets financés essentiellement par l’argent public…

Pour rappel, la notion de la Préférence Nationale est aujourd’hui conçue comme une des alternatives pour équilibrer la balance et relever le tissu économique, durement éprouvé par une succession de crises aussi bien internes que mondiales.

H.Z

Consultez librement toutes nos parutions hebdomadaires, nos hors-série et toutes les communications financières