De la stratégie de BNP Paribas à l’acquisition de la BMCI par Holmarcom
La cession annoncée de 67% du capital de BMCI, Banque Marocaine pour le Commerce et l’Industrie à Holmarcom Finance Company, n’est pas une simple opération de capital dans le cadre d’un mouvement de recomposition du système bancaire marocain. En effet, il s’agit de la concrétisation de la réorientation stratégique du groupe français BNP Paribas qui date de 2021.
Depuis cette date, BNP Paribas a lancé et concrétisé un retrait progressif de la banque de détail en Afrique subsaharienne. La logique du groupe a été de se désengager de la banque de détail à faible marge pour se concentrer sur les métiers « Corporate » & « Institutional Banking » et sur les métiers spécialisés.
BNP Paribas n’avait pas annoncé un « retrait total » d’Afrique. Elle a procédé à un recentrage stratégique qui s’appuyait sur l’abandon de la banque de détail dans l’objectif de réduire les risques et de se concentrer sur les marchés à forte valeur ajouté où le groupe a un avantage concurrentiel.
Les premières filiales victimes de cette décision dès 2021 ont été celles du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso, de la Guinée, de Namibie et du Botswana dont le Produit Net Bancaire (chiffres d’affaires d’une banque) était bien inférieur à celui des filiales d’Afrique du Nord. En 2021, le Maroc seul faisait quatre fois le PNB de la 1ère filiale ouest-africaine. Depuis, la filiale tunisienne en a fait également les frais et celle de la BMCI se réalise dans cette continuité, instaurant un nouveau modèle au Maroc, celui de partenariat au lieu de filiale, dans l’objectif affiché de ne plus porter le coût de la banque de détail, mais de garder un relais commercial pour les clients internationaux de BNP Paribas via Holmarcom Finance Company et maintenant l’activité de CIB Banque d’investissement.
Rappelons cependant que BMCI a été créée en 1943 au Maroc, que BNP Paribas est actionnaire et partenaire depuis plus de 30 ans avec finalement 67% du capital au côté d’Axa Assurance et d’un petit flottant en bourse. Autre précision, en 2002, BNP Paribas a acquis le réseau d’ABN Amro Bank Maroc et l’a intégré à la BMCI en guise de renforcement.
La BMCI a donc été créée, comme son nom l’indique, pour financer le commerce et l’industrie au Maroc, en tant que banque universelle de détail pour particuliers et PME, et de
financement des entreprises dont les plus grandes d’entre elles. Mais aussi de Banque d’investissement avec des activités de conseil, et sur les marchés de capitaux via BNP Paribas CIB. En prenant le contrôle de BMCI, l’objectif de BNP Paribas était d’exercer un ancrage historique au Maroc pour servir sa clientèle internationale tout en servant les besoins domestiques des clients via le réseau BMCI.

Mais le Groupe bancaire international BNP Paribas a été très discret sur sa détermination à réaliser sa nouvelle stratégie, notamment au Maroc où il n’a pas annoncé ses intentions. BMCI a continué à participer à la dynamisation du secteur bancaire marocain dont les banques marocaines ont connu une croissance interne et externe, dans leur pays et à l’international notamment en Afrique. Tout en diversifiant leurs activités à tous les métiers bancaires et financiers et s’externalisant en allant chercher de la valeur ajoutée en Afrique. Le secteur bancaire a continué à se consolider en tant qu’industrie d’une grande profondeur.
Toutefois, très vite la nouvelle stratégie de désengagement de BNP Paribas s’est répandue au Maroc et la cession éventuelle de BMCI avec.
Même si, cette dernière s’étant attelée au changement de son système d’information et se prévalant de son statut juridique de banque marocaine a temporisé cette éventualité, dans les faits, BMCI en tant que filiale de BNP PARIBAS, a dû suivre voire se plier aux décisions de ses actionnaires.
Petit à petit elle n’a plus eu d’objectifs de croissance au Maroc ni engagé d’investissements. Seuls les résultats en termes de rendement traduit par un Return on Equity, ROE à plus de 8% comptaient. Il se disait même que les décisions de crédits étaient soumises à des mesures de risque et plus généralement de conformités qui dépassaient de loin les règles de supervision de BAM, pourtant régies par les avancées imposées par Bâle 1, 2 et 3.
Avec la cession de la majorité du capital de la branche de détails de la Banque Marocaine pour la commerce international, BNP Paribas continue donc à mettre en œuvre son plan stratégique, se concentrant sur les marchés où le groupe a une « maîtrise des risques » et des « forces », réalisant ainsi un Résultat net (part du groupe) peu égalé de 12,225 milliards € en 2025.
De plus, BNP Paribas a eu aussi la facilité que le groupe Holmarcom était déjà actionnaire de BMCI par sa compagnie d’assurance Atlanta Sanad et qu’à ce titre le Président Mohamed Bensalah en tant qu’Administrateur de la banque était proche du dossier. De plus, Holmarcom Finance Compagnie venant d’acquérir une autre banque CDM, avait une expérience récente sur laquelle il s’est appuyé. Ainsi, depuis le 29 avril dernier, l’opération qui porte sur le transfert de la participation majoritaire de 67% du capital de BMCI à la holding d’Holmarcom, dès lors ratifiée par BNP Paribas, est en phase d’obtenir les autorisations réglementaires de Bank Al Maghrib.
En définitive, cette opération va contribuer à la transformation du paysage bancaire marocain qui a connu nombre d’opérations de capital à la faveur, dans un premier temps, d’un élargissement du secteur et peut être, dans un second temps, d’une concentration.
En effet, aux côtés des grandes banques reconnues comme telles AWB, BCP et BOA, le marché a connu l’arrivée de CFG avec son introduction en bourse tonitruante, puis la restructuration et capitalisation par la CDG pour la montée en puissance du CIH. La récente acquisition par le groupe Saham de la filiale française de Société Générale qui a marqué la marocanisation du capital de la banque, suivie de la même opération de rachat de CDM par Holmarcom, couronnée par l’acquisition de BMCI par le même groupe de la famille Bensalah conforte les mutations en cours du secteur.
Et, si la distribution du secteur bancaire entre grandes et petites banques ne varie pas à cette échelle, l’éventuelle fusion entre les deux banques du groupe Holmarcom, CDM et BMCI, pourrait changer la donne. Une éventualité qui pourrait être profitable pour les deux banques, sachant que CDM est réputée plus proche des PME quand la BMCI a plus de grandes entreprises dans son portefeuille…
Afifa Dassouli
