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Les défis de l’hôpital du futur au cœur des débats à Casablanca

Santé et Sciences

Les défis de l’hôpital du futur au cœur des débats à Casablanca

Par AL
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InfoFactory Conferences – Facts & Stories a organisé, le 30 avril 2026 à Casablanca, la première édition de ses conférences premium dédiées à l’avenir du système hospitalier marocain, sous le thème « Hôpital du Futur & Infrastructures de Santé », réunissant l’ensemble des parties prenantes du secteur.

Structurée autour d’une session inaugurale consacrée à la souveraineté sanitaire, d’une keynote et de deux tables rondes portant sur les investissements et la digitalisation, la conférence a permis d’analyser les mutations en cours, de valoriser l’innovation et de favoriser les synergies entre acteurs.

Intervenant à cette occasion, Dr. Ilham Mouhlal, Directrice des Affaires Médicales à la CNSS a souligné que l’hôpital de demain ne peut plus être pensé uniquement comme un lieu de soins, mais comme un levier de pilotage global du système. Grâce à la donnée et aux outils numériques, il devient possible d’améliorer le parcours patient, d’identifier les inefficacités, de renforcer la prévention et, in fine, de maîtriser les dépenses de santé, a-telle souligné. Dans cette dynamique, des dispositifs comme le dossier patient partagé ou la dématérialisation des échanges sont présentés comme des accélérateurs majeurs. L’ambition affichée est claire : construire un système plus accessible, plus équitable et davantage centré sur le patient, dans une logique de collaboration entre institutions, professionnels de santé et acteurs technologiques.

De son côté, Pr. Jaâfar Heikel, Directeur Général du Pôle Stratégie, Développement et Relations Internationales de la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé, a dressé un état des lieux nuancé du système de santé marocain. Il a rappelé les progrès significatifs réalisés depuis l’indépendance, notamment en matière d’espérance de vie et de réduction de la mortalité. Toutefois, il a également pointé des limites importantes, comme les inégalités territoriales, la perte de dix années d’espérance de vie en bonne santé ou encore le poids financier qui pèse sur les citoyens. Selon lui, aucun acteur ne peut répondre seul aux défis actuels : ni le secteur public, ni le privé, ni les fondations. Il appelle ainsi à une complémentarité renforcée, structurée autour d’un parcours de soins coordonné. Il insiste particulièrement sur le rôle de la prévention et de la digitalisation, estimant que l’absence de coordination actuelle entraîne des surcoûts significatifs. « Au lieu de faire circuler le patient, faisons circuler l’information», résume-t-il, plaidant pour un modèle adapté aux réalités marocaines.

Dans le cadre de la première table ronde consacrée aux infrastructures et aux modèles d’investissement, Ahmed Bennana, Directeur Général du site Rabat FM6SS – Directeur de l’Hôpital Universitaire International Mohammed VI de Rabat, a mis l’accent sur la nécessité d’investissements stratégiques, en particulier dans le numérique. Il souligne que les systèmes d’information hospitaliers ont longtemps été conçus avec une logique administrative, sans suffisamment intégrer les besoins des praticiens. L’enjeu aujourd’hui est de concilier ces deux dimensions pour construire des outils réellement utiles au parcours de soins. Il met également en garde contre une approche centrée uniquement sur la technologie, rappelant que celle-ci doit rester au service d’un projet médical clair et répondre à des besoins concrets.

Pour sa part, Fatem Zahra Alaoui, Doyenne de la faculté de médecine et de pharmacie Laâyoune, a insisté sur l’importance de la médecine de proximité et de la prévention. Elle considère que l’hôpital ne doit pas être le point d’entrée principal du système, mais plutôt un recours en cas de nécessité. Le développement de centres de santé connectés, la télémédecine et le dossier médical digital sont autant de leviers pour améliorer l’accès aux soins et limiter les déplacements inutiles. Elle a également mis en avant les efforts réalisés en matière de formation, notamment dans les régions du Sud, avec une augmentation significative du nombre d’étudiants en médecine. L’intégration de modules liés à l’intelligence artificielle et à la télémédecine dans les cursus illustre cette adaptation aux évolutions du secteur.

Mehdi Sebti, Directeur de l’Ecole Arts et Métiers campus de Rabat, a souligné le rôle croissant des ingénieurs dans le système de santé. Selon lui, l’hôpital du futur doit être envisagé comme une plateforme technologique où médecins, ingénieurs et industriels collaborent étroitement. Il identifie plusieurs axes structurants, dont l’intelligence artificielle, la robotique, la fabrication 3D, l’internet des objets et l’imagerie avancée. Ces technologies doivent permettre d’optimiser les processus, de personnaliser les soins et de libérer du temps médical.

Enfin, Charaf Soussi, Directeur Exploitation chez Bouygues Bâtiment International, a rappelé que l’évolution de l’hôpital passe également par sa conception architecturale. Un établissement de santé doit avant tout être fonctionnel, centré sur le parcours patient et le bien-être des soignants. Il insiste sur l’importance d’intégrer la flexibilité dès la phase de conception, afin de permettre l’adaptation aux évolutions technologiques et aux besoins futurs. L’objectif est de concevoir des infrastructures capables d’évoluer sans nécessiter de transformations lourdes.

La seconde table ronde, consacrée aux technologies et à la digitalisation, a mis en avant l’impact croissant des outils numériques sur la gouvernance et l’efficacité des établissements de santé. Les échanges ont notamment porté sur l’intégration de la donnée, l’optimisation des processus et les leviers d’amélioration de la performance hospitalière.

Asmaa Loudni

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