SIAM 2026 : Abderrahim Bouazza met l’accent sur l’inclusion financière rurale comme levier de transformation agricole
L’inclusion financière en milieu rural a été au centre d’un side event organisé dans le cadre du Salon international de l’Agriculture au Maroc, où le Directeur général de Bank Al-Maghrib, Abderrahim Bouazza, a mis en avant les avancées enregistrées et les défis persistants en matière d’accès aux services financiers dans le monde rural, estimant que ce chantier constitue un levier central pour une agriculture « souveraine, résiliente, inclusive et durable ».
Dans son intervention, M. Bouazza a rappelé que « l’inclusion financière est un processus qui nécessite beaucoup de moyens, d’efforts et un engagement continu », ajoutant que l’objectif demeure de garantir « l’accès effectif des individus et des entreprises à des services financiers utiles et abordables, fournis de manière responsable et durable ». Il a situé cette dynamique dans le prolongement des actions menées par la banque centrale et renforcées depuis 2019 avec la mise en place de la stratégie nationale d’inclusion financière, qui cible en priorité le monde rural, les femmes et les jeunes.
Abordant les disparités territoriales, M. Bouazza a indiqué que, si la couverture en points d’accès aux services financiers dans les zones rurales a progressé pour atteindre 60 %, « 450 communes rurales ne disposent d’aucun point d’accès aux services financiers ». Il a précisé que Bank Al-Maghrib a demandé aux acteurs bancaires d’assurer la couverture de ces communes, « sous réserve que les conditions de connexion routière et télécom le permettent ».
Il a également rappelé les dispositifs mis en place pour améliorer l’accessibilité des services financiers, évoquant la solution nationale de paiement mobile lancée en 2018 en collaboration avec l’Agence nationale de réglementation des télécommunications, le secteur bancaire et les opérateurs télécoms. « Toutefois, l’usage de ce mode de paiement reste peu développé notamment dans le milieu rural », a-t-il relevé, tout en soulignant que l’introduction du virement instantané en 2023 s’est révélée « un mode efficace pour répondre aux besoins des différents segments de la population ».
Sur le volet des coûts des services bancaires, M. Bouazza a rappelé que Bank Al-Maghrib veille à ce que « les personnes à faible revenu supportent des frais réduits et raisonnables », précisant qu’une directive a été émise afin que « l’ensemble des services bancaires de base soient gratuits ».
Le responsable a également mis l’accent sur la dimension éducative du chantier. Il a indiqué que les programmes conduits par la Fondation Marocaine pour l’Éducation Financière ont bénéficié, à hauteur de 25 % au cours des trois dernières années, aux populations rurales, en particulier les femmes au foyer, les femmes entrepreneures et les artisans. Ces programmes portent, selon lui, sur « l’utilisation des comptes bancaires et des moyens de paiement de manière sécurisée, la gestion des revenus saisonniers, la budgétisation des dépenses, l’épargne de précaution et le financement des projets économiques ».
Dans son intervention, M. Bouazza a également souligné le rôle que pourrait jouer le Morocco Fintech Center dans la digitalisation des services financiers, notamment à travers l’accompagnement de fintechs développant « des solutions innovantes, en particulier des plateformes Agritech » susceptibles de renforcer l’inclusion financière des porteurs de projets dans le secteur agricole.
Revenant sur la coopération avec le département de l’Agriculture, il a mis en avant trois initiatives conjointes. La première, a-t-il expliqué, porte sur l’autonomisation économique des femmes rurales. La deuxième concerne « la conception d’un nouveau modèle de financement adapté aux conditions des petits agriculteurs et à leurs chaînes de valeur », mené avec l’appui de l’International Finance Corporation et reposant sur des partenariats innovants entre institutions financières et agritechs.
La troisième initiative, présentée comme une première opération pilote lancée à l’occasion du SIAM, concerne l’équipement de 50 coopératives agricoles en terminaux de paiement électronique. Selon M. Bouazza, cette opération vise à « promouvoir la digitalisation des transactions et l’inclusion financière des acteurs ruraux ». Il a salué, à ce titre, l’engagement de l’Association Professionnelle des Établissements de Paiement dans la mise en œuvre de cette initiative.
Tout en relevant que « des facteurs socio-culturels continuent de limiter l’appropriation des services financiers par certains segments de la population », notamment dans les zones périphériques, M. Bouazza a estimé que la collaboration engagée entre les différents acteurs publics et privés favorise « une nouvelle approche » fondée sur des initiatives ciblant des communautés spécifiques avec une perspective d’inclusion économique.
Concluant son intervention, il a affirmé être convaincu que cette coopération est appelée « à se renforcer davantage face aux défis climatiques, technologiques et sociaux », plaidant pour un engagement continu en faveur de solutions financières innovantes au service de l’entrepreneuriat rural et de l’insertion des jeunes.
SB
