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Urbanisme : Les architectes marocains dénoncent une « injustice juridique »

Justice

Urbanisme : Les architectes marocains dénoncent une « injustice juridique »

Par LNT
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Les architectes marocains ont lancé un appel pressant à une réforme en profondeur du cadre régissant leur profession, dénonçant une situation qu’ils qualifient d’« injustice juridique » et mettant en garde contre une marginalisation progressive de leur rôle dans le processus d’urbanisme.

Réunis vendredi à Casablanca lors d’une conférence scientifique organisée par l’Union nationale des professions libérales en partenariat avec le Syndicat national des architectes privés (SNAP), sous le thème « L’urbanisme et son impact sur l’environnement », les intervenants ont largement dépassé le cadre académique pour dresser un diagnostic critique de l’état du secteur.

Les échanges ont mis en évidence une accumulation de dysfonctionnements structurels affectant la profession, notamment la faiblesse du cadre juridique, l’absence de conditions de concurrence équitables et le recul du rôle de l’architecte dans la conception et la réalisation des projets. Plusieurs participants ont ainsi relevé que, dans de nombreux cas, les missions des architectes se limitent désormais à la signature des plans, sans implication effective dans le suivi des chantiers ni dans l’exécution des projets.

Intervenant à cette occasion, le président du Syndicat national des architectes, Hassan El Menjra, a souligné que la profession fait face à des défis « sans précédent » susceptibles de remettre en cause sa place dans le développement urbain. Il a estimé que l’absence de protection juridique adéquate favorise des pratiques qui portent atteinte à la profession et contribuent à en affaiblir la substance.

Selon lui, la limitation du rôle de l’architecte à la simple validation administrative des plans constitue l’une des formes les plus manifestes d’injustice professionnelle. Une telle situation, a-t-il ajouté, ne se limite pas à dégrader les conditions d’exercice des architectes, mais compromet également la qualité des constructions et la sécurité des projets, tout en consacrant une dilution de leur responsabilité au sein du système de production urbaine.

Dans le même sens, le vice-président du syndicat, Ali Gassous, a évoqué un « chaos » caractérisant le secteur, qu’il attribue notamment à l’insuffisance des mécanismes de contrôle et au manque de rigueur dans l’application des lois. Il a indiqué que de nombreux projets sont réalisés en dehors des normes techniques requises, avec des répercussions directes sur le paysage urbain et sur la sécurité des citoyens.

S’appuyant sur des exemples issus de la pratique professionnelle, M. Gassous a également mis en avant les contraintes rencontrées par les architectes, aussi bien dans le secteur public que privé. Il a insisté sur les problématiques liées à l’absence d’équité professionnelle, à l’inégalité des chances et à la persistance de certaines formes de discrimination, estimant que ces facteurs nourrissent les incertitudes quant à l’avenir de la profession au Maroc.

Au-delà du constat, la rencontre a débouché sur une série de recommandations visant à réorganiser le secteur. Les participants ont notamment appelé à une révision globale du cadre juridique encadrant la profession, afin de garantir une meilleure protection des droits des architectes et de renforcer leur rôle dans le processus d’urbanisme.

Ils ont également insisté sur la nécessité de rendre obligatoire le suivi des chantiers par l’architecte, considérant cette mesure comme un levier essentiel pour améliorer la qualité des constructions et assurer la conformité des projets aux normes techniques en vigueur. Dans le même esprit, ils ont plaidé pour un renforcement des dispositifs de contrôle et de reddition des comptes, ainsi que pour une lutte accrue contre les pratiques jugées déviantes.

Les intervenants ont en outre alerté sur les conséquences plus larges de la situation actuelle, estimant qu’elle ne se limite pas à la profession d’architecte, mais qu’elle affecte directement la qualité de vie dans les villes ainsi que l’équilibre environnemental et urbain. Ils ont souligné que la dégradation du rôle de l’architecte contribue à fragiliser la cohérence des projets urbains et à accentuer les risques liés à la construction.

Dans ce contexte, la réhabilitation du rôle de l’architecte a été présentée comme une condition indispensable à la mise en place d’un développement urbain durable, fondé sur la qualité des réalisations, l’innovation et le respect des standards professionnels.

En conclusion, les participants ont exprimé leur attente d’une réaction des pouvoirs publics, appelant le gouvernement et le Parlement à engager des réformes « courageuses » capables de restaurer la confiance dans la profession et de corriger les dysfonctionnements identifiés. Ils ont averti que l’absence d’action risquerait d’aggraver la crise et de compromettre davantage un secteur jugé stratégique pour la sécurité et le bien-être des citoyens.

LNT

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