Capture d’écran 2026-04-15 121140

Nouveaux risques, nouvelles réponses : l’assurance à l’épreuve des transformations mondiales

Nouveaux risques, nouvelles réponses : l’assurance à l’épreuve des transformations mondiales

Par LNT
Capture d’écran 2026-04-15 121140

La 12ᵉ édition des Rendez-vous de Casablanca de l’Assurance s’est ouverte ce mercredi 15 mars dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes économiques et géopolitiques, réunissant plus de 1.100 participants dont près de 250 invités internationaux. Placée sous le thème « Nouveaux services et couvertures : l’assurance à la conquête de nouveaux territoires », cette édition met en lumière les mutations profondes qui redessinent le secteur, tant au niveau des risques que des modèles économiques et des attentes des assurés.

Une transformation accélérée des risques et des métiers

Dès l’ouverture, les intervenants ont souligné l’évolution rapide et structurelle des risques auxquels sont confrontées les économies. « Les risques changent, évoluent et se transforment, et de nouveaux risques apparaissent », a relevé Rachid Baddou, vice-président délégué de la Fédération marocaine de l’assurance (FMA), évoquant notamment les effets de la pandémie, l’essor des cybermenaces ou encore les tensions géopolitiques. Dans ce contexte, il a appelé à « explorer de nouveaux territoires » et à repenser en profondeur les métiers de l’assurance, en intégrant de nouveaux services et en élargissant le périmètre d’intervention du secteur.

Cette dynamique s’inscrit dans une transformation plus large du rôle des assureurs, désormais appelés à dépasser leur fonction traditionnelle d’indemnisation pour devenir des acteurs de la résilience économique et sociale. Le président de la FMA, Hassan Bensalah, a ainsi souligné que le monde est entré dans « une nouvelle phase d’incertitude » depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, avec des répercussions déjà visibles sur les prix de l’énergie, les coûts de transport et l’inflation.

Des risques systémiques de plus en plus complexes

Au-delà de ces effets conjoncturels, il a mis en avant une transformation plus profonde du risque lui-même, désormais marqué par une dimension systémique et globale. « Les entreprises, les investisseurs mais aussi les citoyens sont désormais exposés à des risques qui dépassent largement le cadre traditionnel de l’assurance », a-t-il indiqué, citant les risques politiques, climatiques, cyber et géostratégiques. Dans ce contexte, la question d’une « assurance plus géopolitique » se pose, alors que certains risques restent difficilement mutualisables en raison de leur caractère massif et simultané.

Face à ces défis, les intervenants ont insisté sur la nécessité de repenser les mécanismes de couverture, en renforçant notamment les partenariats entre acteurs publics et privés, ainsi que le rôle des réassureurs. Parallèlement, la digitalisation et l’innovation technologique apparaissent comme des leviers clés pour élargir l’accès à l’assurance, notamment en Afrique où une large part de la population reste encore en dehors du système assurantiel.

« Grâce au mobile, l’assurance peut devenir simple, accessible et immédiate », a souligné Hassan Bensalah, mettant en avant le rôle croissant des fintechs et des insurtechs dans la transformation du secteur. Toutefois, il a insisté sur la nécessité d’accompagner cette évolution par des efforts en matière de pédagogie, de simplicité et de confiance, rappelant que « l’assurance repose sur une promesse essentielle : protéger face à un avenir incertain ».

Dans ce contexte, la régulation est appelée à jouer un rôle central pour encadrer l’innovation tout en garantissant la protection des assurés et la solidité du secteur. Le président de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), Abderrahim Chaffai, a ainsi annoncé l’entrée imminente dans une phase avancée du processus d’adoption du Livre IV du Code des assurances, destiné à moderniser un cadre réglementaire datant de 2002.

Un cadre réglementaire en cours de modernisation

Selon lui, cette réforme vise à « répondre aux exigences de l’ensemble des acteurs » et à créer un environnement propice à l’innovation, en phase avec les standards internationaux. Elle s’inscrit dans une stratégie plus globale de transformation du secteur, articulée autour de plusieurs axes, dont l’élargissement de l’accès à l’assurance, le développement de nouveaux produits et la modernisation des modèles opérationnels.

À cet égard, les performances du marché marocain témoignent d’une dynamique positive, avec un chiffre d’affaires dépassant 67 milliards de dirhams en 2025 et des prestations versées avoisinant 56 milliards de dirhams. Le secteur joue également un rôle croissant en tant qu’investisseur institutionnel, avec des placements dépassant 240 milliards de dirhams, contribuant ainsi au financement de l’économie nationale.

Cependant, des marges de progression importantes subsistent, notamment en matière de taux de pénétration et d’inclusion assurantielle. Dans cette optique, l’ACAPS met en avant le développement de la micro-assurance et l’ouverture de nouveaux canaux de distribution, notamment via les établissements de paiement, afin de proposer des produits plus accessibles et adaptés aux besoins des populations.

Par ailleurs, la transformation du secteur s’accompagne d’une évolution des modèles économiques, marquée par l’intégration croissante de la data, de l’intelligence artificielle et des solutions digitales. Ces technologies permettent d’améliorer l’expérience client, de renforcer la transparence et d’optimiser les processus de supervision, tout en ouvrant la voie à de nouvelles formes d’assurance, telles que l’assurance embarquée ou paramétrique.

Enfin, les intervenants ont souligné l’importance du capital humain dans cette transformation, dans un contexte où les métiers de l’assurance évoluent rapidement sous l’effet des innovations technologiques. « L’assurance reste par essence un métier de confiance », a rappelé Hassan Bensalah, insistant sur la nécessité d’attirer et de former de nouveaux talents, notamment issus des générations Y et Z, en quête de sens et d’impact.

Selim Benabdelkhalek

Consultez librement toutes nos parutions hebdomadaires, nos hors-série et toutes les communications financières