GITEX Africa 2026 : l’innovation en santé face au défi de l’impact réel sur les populations
La question de l’impact concret de l’innovation sur les systèmes de santé a été au cœur des échanges lors d’un panel organisé dans le cadre de GITEX Africa 2026, consacré au thème « Driving innovation for better health outcomes ». À cette occasion, Taylan Süer, Managing Director de Philip Morris Maghreb Morocco, a livré une analyse centrée sur les conditions nécessaires pour traduire les avancées technologiques en bénéfices tangibles pour les populations.
Intervenant à partir d’une double perspective personnelle et professionnelle, le dirigeant a souligné que l’innovation en santé ne se limite pas aux progrès technologiques. « L’innovation, c’est évidemment l’intelligence artificielle, la recherche scientifique et les nouvelles solutions », a-t-il indiqué, tout en posant une question centrale : celle de la capacité de ces innovations à produire des résultats à grande échelle.
Selon lui, le principal défi réside moins dans la disponibilité des solutions que dans leur mise en œuvre effective au sein des sociétés. Il a évoqué à cet égard les écarts d’infrastructures, les contraintes réglementaires, le manque de ressources ainsi que les résistances comportementales, autant de facteurs susceptibles de freiner l’adoption des innovations.
Dans cette optique, Taylan Süer a insisté sur la nécessité d’une approche systémique, impliquant l’ensemble des acteurs – pouvoirs publics, régulateurs, industrie et société civile – afin de garantir une diffusion équitable et rapide des avancées technologiques. « L’innovation doit être accompagnée par des politiques publiques et des cadres réglementaires qui facilitent son adoption », a-t-il expliqué.
Illustrant cette approche par l’exemple de son secteur, il a évoqué la transformation engagée par son groupe vers un modèle sans fumée, fondé sur la réduction des risques. Il a rappelé que la lutte contre le tabagisme repose sur trois leviers : la prévention, l’arrêt de la consommation et, pour les fumeurs qui ne cessent pas, l’accès à des alternatives jugées moins nocives. « Aujourd’hui, la science permet de développer des produits sans combustion, significativement moins nocifs que les cigarettes », a-t-il affirmé.
Au-delà de cet exemple sectoriel, l’intervention s’est élargie à la transformation des systèmes de santé, en particulier à travers le rôle de l’intelligence artificielle. Pour Taylan Süer, l’IA constitue un levier majeur d’accélération, permettant de réduire considérablement les délais de recherche, de validation et de mise sur le marché de nouvelles solutions. « Ce qui prenait des années peut désormais prendre des mois, voire des semaines », a-t-il souligné, estimant que « le temps gagné se traduit directement en vies améliorées ».
Il a notamment évoqué l’utilisation de l’IA dans les essais cliniques et la validation scientifique, permettant d’optimiser l’exploitation des données et de faciliter les processus de décision. Cette accélération pourrait, selon lui, favoriser une meilleure accessibilité des innovations, en particulier dans les environnements contraints.
L’Afrique a occupé une place centrale dans la réflexion. Taylan Süer a mis en avant les déséquilibres structurels du continent en matière de santé, citant un écart significatif entre le poids démographique, la charge de morbidité et la disponibilité des ressources humaines. « L’Afrique représente environ 18 % de la population mondiale, mais supporte 25 % de la charge de maladies, avec seulement 3 % des professionnels de santé », a-t-il relevé.
Face à ces contraintes, il a estimé que le continent dispose d’une opportunité stratégique : celle de « sauter des étapes » en adoptant directement des modèles numériques et mobiles, sans reproduire les systèmes traditionnels. Cette approche « digital first » pourrait permettre d’élargir l’accès aux soins, notamment dans les zones reculées, à travers la télémédecine, les prescriptions électroniques ou encore les outils de diagnostic assistés par intelligence artificielle.
Toutefois, cette transformation soulève des enjeux de responsabilité. Taylan Süer a insisté sur la ضرورة d’un encadrement rigoureux de l’usage des technologies, fondé sur trois principes : la supervision humaine, la transparence des systèmes et la mise en place de mécanismes de gouvernance garantissant la responsabilité et l’éthique. « Une innovation qui va plus vite que la confiance ne peut pas produire d’impact durable », a-t-il averti.
Enfin, la question du leadership a été identifiée comme un facteur déterminant. Le dirigeant a plaidé pour un modèle de leadership capable de porter le changement tout en fédérant les parties prenantes, combinant conviction, capacité d’écoute et construction de la confiance. « Les leaders doivent remettre en question le statu quo, mais aussi savoir embarquer les autres dans cette transformation », a-t-il conclu.
SB
