Guerre au Moyen-Orient : Au nom de Dieu
Le Moyen-Orient brûle, encore. Sous les mêmes latitudes, des mêmes villes millénaires, les mêmes appels à la mort lancés vers le ciel. Pourtant, dans un monde soit disant sécularisé, les acteurs de la guerre et les médias qui la relate insistent sur son caractère politique, territorial ou économique. Il est en réalité tant de mettre les bons mots sur la situation actuelle, ce conflit est une guerre de religions.
Comme il y a neuf siècles avec la première croisade en 1095, une phrase résume l’engagement des belligérants, « Deus lo volt », Dieu le veut. Ainsi, depuis des décennies, avec une intensité redoublée depuis le 7 octobre 2023 et l’épisode de l’attaque du Hamas contre une Israël ô combien aveugle et sourde pour l’occasion, ressemble comme deux gouttes d’eau à ce que l’historiographie nous raconte des croisades passées. La foi justifie la violence, l’ennemi est le Mal incarné et chaque mort est présentée comme un martyre dans le camp concerné.
Les Templiers d’aujourd’hui sont peut-être des Rangers ou des soldats de Tsahal, face à des Gardiens de la Révolution, mais les mécanismes idéologiques sont identiques et non pas évolué d’un brin.
Du côté de la République islamique d’Iran, elle porte dans sa structure même une construction messianique. Le chiisme duodécimain, branche de l’islam majoritaire en Iran, est fondé sur la croyance en douze imams, dont le dernier, le douzième, a mystérieusement disparu en 874 de notre ère. Son retour, celui du Mahdi, est attendu pour rétablir la justice sur terre. En attendant ce retour, Khameini et consorts, les Ayatollahs, exercent le pouvoir politique au nom de l’imam absent. La Constitution iranienne l’inscrit noir sur blanc à son article 5 : « Durant l’occultation du Maître du temps, que Dieu hâte sa réapparition, le pouvoir revient au juste et au pieux faqih ». Dès lors, la guerre devient un acte théologique quand la mort au combat au nom de cette cause, est un raccourci vers le paradis.
En Israël, alors que les dirigeants matraquent et traquent le spectre de l’antisionisme, cela fait bien longtemps que les fondements du sionisme ne sont plus les bases de la politique de l’État hébreu. Faut-il le rappeler, à l’origine, le sionisme était un mouvement laïc et nationaliste. Theodor Herzl était un journaliste viennois, pas un prophète et David Ben Gourion, le père de la nation, un socialiste.
Aujourd’hui, c’est le nationalisme religieux d’essence messianique, le « Gush Emounim », le « Bloc de la Foi » qui guide l’action politique. Les rabbins l’ont emporté sur les laïcs et le Messie est attendu selon des conditions qui ne peuvent que glacer le sang. Car, selon certains courants du messianisme juif orthodoxe, la venue du Messie ne serait pas simplement conditionnée au retour du peuple juif sur sa terre. Elle serait aussi précédée d’une période de haine et de persécution maximale des autres nations contre Israël, appelée les « douleurs d’enfantement du Messie », les « chevlei Mashiah ». Dans cette lecture, la haine de l’ennemi n’est pas une catastrophe à éviter, c’est une douloureuse nécessité, qui confirme le présage à venir. Ainsi, quand certains voient un génocide, d’autres interprètent cela comme une confirmation prophétique. Netanyahu et sa coalition gouvernementale sont mus par ces convictions profondes et la Palestine, de Gaza à la Cis-Jordanie, le Sud Liban en sont la preuve.
Enfin, ce qu’on néglige certainement le plus, c’est le troisième acteur de ce triangle religieux mortifère, le sionisme chrétien américain. Aux États-Unis, le soutien stratégique historique à l’État hébreu s’est vu accentuer par le poids croissant du courant évangélique qui compte des millions d’adeptes et pour lequel, une fois de plus, le retour du Christ n’est possible que si les prophéties bibliques s’accomplissent. Or celles-ci selon les évangélistes sont claires, Jésus ne peut revenir qu’après la restauration du Temple de Jérusalem, l’actuelle esplanades des Mosquées, et quand Israël contrôlera l’intégralité de la Terre Sainte. De quoi justifier clairement la dizaine de déplacements de Netanyahu aux États-Unis depuis le début du mandat de Trump ou les déclarations récentes de Rubio qui explique que la Maison-Blanche « was dragged into this war ».
Pour tout ce beau monde, de Téhéran à Tel Aviv en passant par Washington, les cavaliers de l’Apocalypse arrivent et ce sont les populations civiles qui voient les chevaux de face.
Zouhair Yata
