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Conflit au Moyen-Orient : Coface alerte sur les risques économiques liés aux tensions énergétiques

Conflit au Moyen-Orient : Coface alerte sur les risques économiques liés aux tensions énergétiques

Par LNT
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L’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran place les marchés de l’énergie sous une pression croissante et pourrait avoir des répercussions significatives sur l’économie mondiale en cas de prolongation du conflit, selon une analyse publiée par Coface. L’assureur-crédit souligne que, si aucune rupture majeure d’approvisionnement n’a encore été observée, les tensions autour du détroit d’Ormuz constituent un facteur de risque majeur pour les marchés énergétiques et le commerce international.

Une réaction immédiate des marchés pétroliers

Les frappes américaines et israéliennes en Iran ont provoqué une réaction rapide sur les marchés de l’énergie. À l’ouverture des échanges, le prix du Brent a progressé de plus de 10 %, reflétant principalement l’augmentation de la prime de risque géopolitique plutôt que des perturbations concrètes de l’offre.

Avant l’escalade des tensions, les marchés pétroliers étaient caractérisés par un excédent d’offre. La production élevée des pays non membres de l’OPEP+ et la reconstitution rapide des stocks avaient contribué à maintenir les prix à un niveau relativement modéré, autour de 68 dollars le baril en moyenne en 2025.

Selon Coface, le conflit actuel modifie cependant les anticipations du marché en réintroduisant une forte incertitude sur la sécurité des approvisionnements énergétiques.

Le détroit d’Ormuz au centre des inquiétudes

L’analyse met en évidence le rôle stratégique du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole et près de 30 % des flux maritimes de brut. Cette position en fait l’un des points névralgiques du système énergétique mondial.

Selon Coface, les capacités permettant de contourner ce passage maritime sont limitées et ne suffiraient pas à absorber un choc majeur en cas d’interruption prolongée du trafic. Une perturbation durable pourrait ainsi propulser le prix du Brent au-delà des niveaux actuels et le conduire en territoire à trois chiffres.

Dans un scénario extrême, le baril pourrait dépasser le pic observé en février 2022 à 122 dollars, voire se rapprocher du record historique de 2008, lorsque le Brent avait atteint environ 147 dollars.

Le risque d’attaques sur les infrastructures énergétiques

Outre les perturbations du trafic maritime, Coface souligne le risque d’attaques contre les infrastructures pétrolières de la région. Bien que l’Iran ne soit pas le premier producteur du Moyen-Orient, son rôle reste significatif sur les marchés énergétiques.

Le pays produit plus de trois millions de barils par jour et en exporte près de deux millions, principalement vers la Chine. Une interruption de ces flux obligerait les acheteurs, notamment en Asie, à se tourner vers des sources d’approvisionnement alternatives plus coûteuses, accentuant la pression à la hausse sur les prix du pétrole.

Dans un contexte d’escalade, l’Iran pourrait également viser des installations énergétiques dans d’autres pays du Golfe. L’impact dépendrait alors de l’ampleur des dégâts et de la durée des perturbations, alors que les capacités de réserve de l’OPEP+ sont estimées à environ quatre à cinq millions de barils par jour.

Des répercussions sur le commerce mondial

Les conséquences potentielles du conflit dépassent le seul marché pétrolier. Le détroit d’Ormuz constitue également un corridor essentiel pour le transport de gaz naturel liquéfié, d’engrais, de métaux industriels et de produits pétrochimiques.

Plusieurs compagnies maritimes ont déjà annoncé des suspensions ou des détournements de routes commerciales, notamment via le cap de Bonne-Espérance. Ces changements d’itinéraires rallongent les délais de transport de neuf à quatorze jours et entraînent une hausse des coûts logistiques.

Cette désorganisation progressive des chaînes d’approvisionnement pourrait provoquer des tensions inflationnistes et accentuer les risques de pénuries, en particulier pour les économies fortement dépendantes des importations d’énergie.

Un risque macroéconomique global

Selon Coface, un scénario dans lequel le pétrole resterait durablement au-dessus de 100 dollars le baril aurait des conséquences macroéconomiques importantes. Une telle situation pourrait relancer l’inflation mondiale et contraindre les banques centrales à modifier leur politique monétaire.

Une augmentation prolongée de 15 dollars du prix du Brent pourrait retrancher environ 0,2 point de croissance mondiale tout en ajoutant près de 0,5 point d’inflation. Dans ce contexte, le risque de stagflation — combinaison d’une croissance faible et d’une inflation élevée — pourrait réapparaître comme une menace crédible pour l’économie mondiale.

Pour Ruben Nizard, responsable de la recherche sectorielle chez Coface, l’impact dépendra largement de la durée du conflit. « Un conflit limité à quelques jours ou semaines devrait avoir un impact limité. En revanche, si les tensions se prolongent, leurs effets macroéconomiques pourraient devenir majeurs et dépasser largement la question des prix de l’énergie », estime-t-il.

LNT

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