Hausse du pétrole : les conséquences pour le Maroc
Les guerres s’intensifient dans la durée, tout particulièrement celle au Moyen-Orient s’étend aux pays du Golfe, principaux exportateurs de pétrole. Or, le Maroc importe environ 90% de ses besoins en hydrocarbures, principalement des pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Les importations ne sont pas bloquées, mais la facture énergétique augmente. L’économie marocaine est déjà touchée. Et, la hausse des prix du pétrole l’impacte à différents niveaux.
Les prix à la pompe du carburant ont augmenté, affectant directement les ménages et les entreprises. Il est établi qu’une hausse de 10 dollars par baril peut ajouter 0,25-0,30 dollar par gallon d’essence. De façon globale, la hausse des prix du pétrole affecte l’économie du pays, tout en entraînant une inflation et une réduction du pouvoir d’achat des ménages. Tout particulièrement, les secteurs les plus exposés à la hausse du baril sont l’automobile, l’agro-industrie, l’industrie, le transport et la logistique, qui sont fortement dépendants des importations de pétrole et de gaz. Car la hausse des prix du pétrole affecte les coûts de production et de transport, ce qui se répercute sur les prix des biens et services.
De fait, le Maroc est vulnérable aux chocs pétroliers en raison de sa dépendance aux importations d’énergie même si le pays investit dans les énergies renouvelables pour la réduire en diversifiant ses sources d’énergie et en réduisant sa vulnérabilité. Si la situation actuelle devait durer, les tensions géopolitiques dans la région pèseraient de plus en plus à la hausse sur les prix du pétrole qui alourdiraient la facture énergétique du Maroc.
Cette inflation importée se répercuterait sur les coûts de transport, de logistique et de production. De même que l’augmentation de sa facture énergétique creuserait le déficit commercial du Maroc, qui est déjà structurellement déficitaire. Cette même pression détériorerait les réserves de change, qui, en se réduisant, peuvent affecter la stabilité de la monnaie nationale.
Concernant les phosphates, qui jouent un rôle primordial dans l’équilibre de la balance commerciale alors que le Maroc est l’un des principaux producteurs et exportateurs au monde, les coûts de leur production seraient touchés par la hausse des prix du pétrole même si le pays est bien positionné pour profiter de la situation en tant que producteur et premier exportateur mondial. En effet, le Groupe OCP a développé une stratégie ambitieuse pour accroître sa production et ses exportations. Le pays a vu ses exportations de phosphates et dérivés augmenter d’année en année depuis 2022, passant de 43,9% à 15% estimé en 2025.
Un récent rapport de l’Office des changes sur les exportations marocaines de phosphates et dérivés, souligne la croissance de la demande mondiale et la position du Maroc comme acteur clé.
Le retournement actuel de la hausse des prix du baril est d’autant plus déstabilisant pour notre pays, que ces derniers s’étaient stabilisés sur les dernières années. Après avoir atteint en 2022, 107 dollars le baril, ils sont descendus à 80 dollars environ en 2023, se sont stabilisés à ce niveau en 2024 et ont continué à diminuer en 2025 à moins de 70 dollars le baril. Les fluctuations du prix du baril de pétrole s’étant stabilisées du fait de la production de pétrole de schiste aux États-Unis, ils restent soumis aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Or, ils dépassent déjà les 90 dollars aujourd’hui.
Au niveau du budget public du Maroc, qui connaît une réelle stabilité grâce aux effets produits pour assurer son équilibre primaire, diminuer son déficit et l’endettement public, il risque de connaître une nouvelle pression avec l’augmentation de la facture énergétique et l’impact négatif sur la croissance économique.
D’autant que l’augmentation du prix du baril se conjugue avec les fluctuations des monnaies de notre panier de change, constitué de 40% de dollars et 60% d’euros, qui connaît aujourd’hui également des perturbations avec l’appréciation de la devise américaine.
En effet, le dirham marocain a connu des fluctuations face au dollar et à l’euro ces derniers temps, avec une appréciation soutenue du dollar américain et une dépréciation de l’euro impactant les échanges extérieurs du pays, notamment le coût des importations qui s’apprécie et la compétitivité des exportations qui se détériore.
Afifa Dassouli
