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Heure GMT+1 : le CAESD met en lumière les effets sociaux d’un « jet lag permanent »

Heure GMT+1 : le CAESD met en lumière les effets sociaux d’un « jet lag permanent »

Par LNT
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Sommeil écourté, trajets matinaux dans l’obscurité, concentration fragilisée à l’école et rythmes professionnels désorganisés : dans une note analytique publiée le 23 février 2026, le Centre africain d’études stratégiques et numériques (CAESD) estime que le maintien de l’heure GMT+1 au Maroc produit des effets sociaux et sanitaires mesurables, sans que ses bénéfices économiques et énergétiques n’aient été clairement établis.

Le document considère que l’adoption permanente du GMT+1 ne relève pas seulement d’une organisation technique du temps, mais qu’elle influe directement sur la qualité de vie et les équilibres sociaux. Selon ses auteurs, la décision apparaît davantage motivée par une logique d’opportunité économique que par une évaluation globale de ses conséquences sur la société.

Des bénéfices économiques jugés limités

Le CAESD souligne que l’argument principal avancé en faveur du GMT+1 demeure la synchronisation avec l’Union européenne, notamment pour les activités d’offshoring et certains segments exportateurs. Toutefois, la note estime que cet avantage reste circonscrit à des secteurs spécifiques et ne saurait justifier, à lui seul, le maintien d’un dispositif aux effets sociaux étendus.

Sur le plan énergétique, l’étude met en avant l’absence de preuve empirique démontrant une baisse durable de la consommation électrique. Elle relève également qu’aucun gain global de productivité n’a été formellement établi à l’échelle nationale. Pour le centre, la question mérite désormais un arbitrage souverain, fondé sur une lecture complète des coûts et des bénéfices, intégrant les dimensions sanitaires, éducatives et sociales.

Le cœur de l’analyse porte sur l’écart entre l’heure légale et l’heure solaire durant la période hivernale. Ce décalage est susceptible de perturber le rythme circadien d’une large partie de la population, en particulier lorsque les journées commencent avant le lever du soleil. Selon la note, cette situation altère la qualité du sommeil et fragilise la vigilance aux premières heures de la journée.

Les élèves et les adolescents sont identifiés comme particulièrement exposés. Le document rappelle que leur horloge biologique est naturellement plus tardive, ce qui rend les réveils précoces plus difficiles et peut affecter l’attention, l’assiduité et les performances scolaires. L’obscurité matinale prolongée est également associée à une fatigue accrue et à un sentiment d’inconfort psychologique.

Au-delà du cadre scolaire, l’organisation sociale dans son ensemble serait impactée. Les départs matinaux dans la pénombre concernent de nombreux salariés, notamment dans les grandes agglomérations. Le CAESD évoque un sentiment d’insécurité lors des déplacements avant l’aube, en particulier pour les élèves et les travailleurs contraints de quitter leur domicile tôt.

Un avantage horaire relatif

Sur le plan international, la note estime que le gain d’une heure supplémentaire de travail en commun avec l’Europe continentale doit être relativisé. Ce rapprochement horaire se traduit, en contrepartie, par un décalage équivalent avec d’autres places financières majeures, telles que Londres ou New York, limitant potentiellement les opportunités de diversification des partenariats économiques.

L’analyse ajoute que la généralisation des outils numériques, de l’automatisation et de l’intelligence artificielle réduit progressivement la nécessité de travailler strictement dans le même créneau horaire que ses partenaires. Dans un contexte de transformation digitale, la synchronisation horaire ne constituerait plus un impératif aussi déterminant qu’auparavant.

Face à ces constats, le CAESD formule plusieurs recommandations. Il appelle en premier lieu à la publication de l’étude gouvernementale réalisée en 2018, afin de permettre un débat public fondé sur des données accessibles et vérifiables. L’ouverture des bases statistiques relatives à la consommation énergétique et à la sécurité routière est également préconisée pour favoriser des évaluations indépendantes.

À court terme, la note suggère un dispositif hivernal transitoire consistant à reporter les horaires d’entrée des administrations et des établissements scolaires à neuf heures. Cette mesure viserait à réduire l’impact sanitaire du décalage matinal, en limitant les réveils avant le lever du jour.

Enfin, le centre recommande l’organisation d’une consultation nationale élargie. Celle-ci devrait dépasser la simple préférence pour un fuseau horaire et intégrer des indicateurs précis relatifs au sommeil, à la fatigue, à l’absentéisme, aux performances scolaires et aux conditions de mobilité.

En conclusion, le CAESD considère que la question du GMT+1 ne peut être réduite à un débat technique. Elle renvoie à un choix de société, impliquant un arbitrage explicite entre logique économique et bien-être collectif. Le centre plaide pour une décision lisible, appuyée sur des données transparentes et une évaluation complète des effets à moyen et long terme.

SB

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