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Sahara marocain & Union européenne : 27 en 1

Sahara marocain & Union européenne : 27 en 1

Par LNT
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Pendant des années, l’Europe a cultivé une ambiguïté soigneusement dosée sur la question du Sahara marocain. Une ambiguïté qui lui permettait de préserver ses intérêts économiques avec Rabat tout en s’abritant derrière une lecture juridique restrictive, portée par ses juridictions et relayée par une partie de son Parlement.

La décision récente des 27 États membres de l’Union européenne d’appuyer clairement le plan d’autonomie proposé par le Maroc marque une inflexion majeure et un réalignement stratégique indéniable.

Ce tournant ne peut être compris et valorisé sans revenir sur le bras de fer qui a structuré la relation euro marocaine depuis plus d’une décennie. À partir de 2016, la Cour de justice de l’Union européenne a imposé une doctrine constante en affirmant que le Sahara occidental est juridiquement distinct du Maroc et ne peut être inclus automatiquement dans les accords commerciaux ou de pêche conclus avec le Royaume. Sous couvert d’indépendance judiciaire, cette position permettait surtout aux Européens de disposer d’un atout de taille dans les négociations commerciales avec le Maroc. Le rapport de force penchait ainsi naturellement vers l’Europe qui tout en affichant une proximité stratégique avec le pays, avait de quoi nous forcer la main par ailleurs.

Le Parlement européen quant à lui, a souvent été également un outil visible de la propagande anti-marocaine et le porte-parole des lobbies œuvrant contre notre intégrité territoriale. Entre votes favorables aux accords révisés avec le Maroc et résolutions critiques dénonçant leur incompatibilité avec le droit international, l’institution a souvent donné l’image d’une Europe fragmentée, hésitante, incapable d’assumer une ligne claire, créant de fait des situations d’embarras, de quiproquo et de positions diplomatiques tendues des deux côtés. La seule constante a toujours été que le Maroc n’a jamais considéré la question du Sahara comme un simple dossier technique ou commercial et a toujours défendu sa cause comme étant un enjeu de souveraineté, mais aussi un marqueur de crédibilité internationale.

Ce qui change aujourd’hui, ce n’est donc pas uniquement la lecture du dossier saharien. C’est la place du Maroc dans l’architecture géopolitique mondiale qui s’est profondément transformée. Les soutiens internationaux croissants au plan d’autonomie ne relèvent pas d’un effet de contagion diplomatique, mais d’une réévaluation pragmatique du rôle que joue le Royaume dans des équilibres mondiaux devenus critiques.

Le Maroc s’est imposé comme un acteur central de la sécurité alimentaire mondiale, à travers sa position clé dans la chaîne de valeur des engrais et des phosphates, ressource stratégique à l’heure des tensions agricoles globales. Dans un monde confronté à la volatilité des marchés, aux crises climatiques et aux ruptures d’approvisionnement, cette capacité n’est plus périphérique. Elle est structurante et les chancelleries occidentales l’ont intégré, parfois tardivement, mais désormais clairement.

À cela s’ajoute un autre facteur déterminant. Le Maroc est l’un des rares pays à cumuler une intégration profonde au bloc occidental tout en étant pleinement africain, arabe et musulman. Cette singularité, longtemps sous-estimée, est devenue un atout géopolitique majeur. À la croisée de l’Europe, de l’Afrique et du monde atlantique, disposant d’une stabilité politique rare dans sa région, le Royaume apparaît aujourd’hui comme un pivot stratégique. Sécurité, migrations, lutte contre le terrorisme, énergie, alimentation, autant de dossiers où Rabat est devenu un partenaire incontournable.

Dans ce contexte, maintenir une ambiguïté sur notre Sahara revenait pour l’Europe à fragiliser sa propre cohérence stratégique. La position récente des 27 traduit donc moins une conversion doctrinale qu’une prise de conscience salutaire que l’autonomie sous souveraineté marocaine n’est pas présentée comme une concession, mais comme la seule option politiquement réaliste dans un environnement international où l’attentisme n’est plus tenable.

Le dossier du Sahara marocain, longtemps révélateur des fractures européennes, devient ainsi le symptôme d’une Europe contrainte de s’adapter à un monde où la stabilité, la sécurité alimentaire et la géographie politique comptent désormais autant que les principes abstraits sur laquelle elle se fonde et se cache parfois. Et, pour Rabat, ce n’est pas une victoire symbolique. C’est la confirmation que le temps joue en faveur de ceux qui s’inscrivent dans la durée, la cohérence et la centralité stratégique.

 

Zouhair Yata

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