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AFPDes membres du groupe armé M23 devant les mines de coltan à Rubaya, le 5 mars 2025 en RDC

Glissement de terrain dans une mine de coltan en RDC : Kinshasa redoute « au moins 200 morts » à Rubaya

Afrique

Glissement de terrain dans une mine de coltan en RDC : Kinshasa redoute « au moins 200 morts » à Rubaya

Par LNT
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AFPDes membres du groupe armé M23 devant les mines de coltan à Rubaya, le 5 mars 2025 en RDC

Les autorités congolaises ont fait état, dimanche, d’un bilan provisoire d’« au moins 200 morts » à la suite d’un glissement de terrain survenu sur le site minier stratégique de Rubaya, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Le drame s’est produit dans cette vaste zone d’exploitation du coltan, un minerai essentiel à l’industrie électronique mondiale, actuellement sous le contrôle du groupe armé antigouvernemental M23.

Dans un communiqué, le ministère congolais de la Communication a exprimé sa « profonde consternation » après cet « éboulement massif », survenu mercredi à la suite de fortes pluies. Selon les premières informations disponibles, un pan entier de colline s’est détaché sur le site minier de Luwowo, situé dans le périmètre de Rubaya, à environ 70 kilomètres à l’ouest de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu. Un second glissement de terrain aurait été enregistré le lendemain matin, aggravant le bilan humain.

La cité minière de Rubaya, qui s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés, fournit entre 15 % et 30 % de la production mondiale de coltan. La RDC concentrerait, selon plusieurs estimations, près de 60 % des réserves mondiales de ce minerai stratégique. Depuis avril 2024, le site est passé sous le contrôle du M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs rapports d’experts des Nations Unies. Le mouvement tire d’importants revenus de la taxation de l’exploitation et du commerce des minerais dans la zone.

Des milliers de mineurs artisanaux travaillent quotidiennement à Rubaya dans des conditions jugées extrêmement précaires. Munis de moyens rudimentaires et dépourvus de mesures de sécurité adéquates, ils creusent à flanc de collines abruptes, entaillées de ravins profonds, particulièrement vulnérables en saison des pluies. Cette activité constitue néanmoins une source de subsistance essentielle pour de nombreuses familles locales, malgré des rémunérations très faibles et des risques constants.

Le gouverneur du Nord-Kivu nommé par le M23, Eraston Bahati Musanga, qui s’est rendu sur place vendredi, a évoqué lui aussi un bilan d’« au moins 200 morts », sans que ce chiffre puisse être confirmé de manière indépendante. Il a indiqué que des corps avaient été extraits des gravats, sans fournir de décompte précis. L’établissement d’un bilan fiable reste difficile en raison de l’isolement de la zone : le réseau téléphonique est coupé depuis plusieurs jours et les administrations congolaises ainsi que de nombreuses organisations de la société civile ont quitté la région à l’arrivée du M23.

Selon des sources humanitaires, les informations parviennent « au compte-goutte », souvent transmises par des motocyclistes circulant entre les localités. Des blessés auraient été évacués vers des centres de soins locaux, eux-mêmes confrontés à un manque criant de moyens matériels et humains.

Sur le plan diplomatique, l’ambassade de Belgique à Kinshasa a réagi dimanche en exprimant, dans un message publié sur les réseaux sociaux, sa « solidarité avec les victimes et leurs familles après les tragiques éboulements » survenus à Rubaya, soulignant la gravité de la situation humanitaire.

Les autorités congolaises ont dénoncé un « système organisé de pillage » des ressources minières, appelant la communauté internationale à « prendre pleinement la mesure de ce drame », qu’elles lient directement à l’occupation armée de la zone. Le site de Rubaya avait été classé en statut « rouge » en février 2025, interdisant officiellement toute exploitation et commercialisation des minerais. Malgré cette mesure, Kinshasa affirme que plus de 100 tonnes de coltan continuent d’être extraites chaque mois et acheminées vers le Rwanda, pointant ce qu’elle qualifie de « faillite manifeste » des mécanismes internationaux et régionaux de traçabilité.

LNT avec AFP

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