Maroc–Sénégal : le secteur privé appelé à changer d’échelle dans le partenariat économique
La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a organisé, mardi 27 janvier à Casablanca, une rencontre économique Maroc–Sénégal, en marge de la 15ᵉ session de la Haute Commission mixte de partenariat maroco-sénégalaise. Le forum a réuni des opérateurs économiques et des acteurs institutionnels des deux pays, en présence du Chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, et du Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko.
Dans son mot d’introduction, le président de la CGEM a souligné la portée de l’événement, estimant « qu’il ne s’agit pas d’une simple rencontre d’affaires, mais d’un rendez-vous porteur de sens, de symbolique et de perspectives concrètes ». Il a également insisté sur la dimension politique du forum, considérant que la présence des deux chefs de gouvernement constitue « un signal clair pour les chefs d’entreprise : le soutien politique est là, et il est essentiel pour stimuler de nouveaux partenariats économiques ».
L’objectif de cette rencontre est de renforcer les partenariats économiques bilatéraux à travers l’identification de nouvelles opportunités d’investissement et de co-développement, dans une logique de coopération Sud-Sud fondée sur la complémentarité des économies marocaine et sénégalaise et sur l’implication active du secteur privé.
Une session « historique »
Intervenant en ouverture, le Premier ministre sénégalais a salué la tenue de ce forum « au lendemain d’une session historique » de la Commission mixte, marquée par la signature de 17 accords couvrant des secteurs stratégiques. Il a souligné que le cadre juridique entre les deux pays pourrait, à terme, dépasser les 170 accords, tout en appelant à leur actualisation afin de mieux répondre aux enjeux économiques actuels.
Sur le plan des échanges commerciaux, Ousmane Sonko a relevé une dynamique positive mais encore insuffisante. « En 2024, le volume global de nos échanges est évalué à près de 286 millions de dollars. Sur les onze premiers mois de 2025, il s’est établi à 307 millions de dollars », a-t-il précisé, estimant que ces niveaux restent « largement en deçà du potentiel stratégique » du partenariat bilatéral.
Le chef du gouvernement sénégalais a plaidé pour un changement d’échelle du modèle de coopération, appelant à dépasser une relation centrée sur les échanges commerciaux pour évoluer vers la coproduction, la transformation locale et l’intégration des chaînes de valeur. « Nous ne voulons pas simplement acheter et vendre. Nous voulons produire ensemble, investir ensemble, transformer ensemble et exporter ensemble », a-t-il déclaré, tout en rappelant le rôle structurant de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Ousmane Sonko a également mis en avant la nouvelle orientation économique du Sénégal, qu’il a décrit comme un pays « en profonde mutation » depuis 2024, doté désormais d’une vision claire et de politiques sectorielles structurées. Parmi les secteurs prioritaires figurent l’agrobusiness et l’agro-industrie, les zones économiques spéciales, les infrastructures, le logement social et l’énergie. « Aucun développement industriel n’est possible sans une énergie disponible, de qualité et à un coût abordable », a-t-il insisté, évoquant les opportunités liées au gaz, au pétrole et aux énergies renouvelables.
Des investissements diversifiés
Prenant la parole à son tour, le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch a souligné la solidité du partenariat maroco-sénégalais, fondé sur « une relation de confiance, un ancrage historique et des liens humains et spirituels profonds ». Il a insisté sur la diversification des secteurs d’investissement marocains au Sénégal, notamment la banque, l’assurance, les matériaux de construction, les mines, les intrants agricoles, la santé et le bâtiment.
Aziz Akhannouch a appelé à redynamiser le Groupe d’impulsion économique Maroc–Sénégal, mis en place en 2015, afin de mieux structurer et intensifier les partenariats entre les entreprises des deux pays.
S’inscrivant dans la vision africaine portée par le Royaume, le Chef du gouvernement a rappelé le rôle du Maroc comme plateforme entre l’Afrique et le reste du monde, appuyée par des investissements dans les infrastructures logistiques, portuaires et routières. Il a notamment mis en avant le développement de l’axe atlantique et du futur port de Dakhla, tout en soulignant la place stratégique du Sénégal, et en particulier de Dakar, comme hub régional en Afrique de l’Ouest.
Les deux responsables ont convergé sur la nécessité de transformer les orientations politiques en projets économiques concrets, créateurs de valeur et d’emplois. « Ce forum est le point de départ de projets, de montants, d’accords et d’engagements », a résumé Ousmane Sonko, appelant les entreprises marocaines et sénégalaises à bâtir des partenariats durables, à vocation sous-régionale et continentale.
Asmaa Loudni
