Cette semaine dans l’IA : Nvidia, la Chine et la bataille du calcul

Cette semaine dans l’IA : Nvidia, la Chine et la bataille du calcul

Par LNT

Cette semaine, l’actualité de l’intelligence artificielle montre une chose très concrète : le marché entre dans une phase d’industrialisation lourde, coûteuse et politiquement sensible, loin du discours marketing des débuts.

Nvidia confirme sa position centrale dans l’IA mondiale

L’un des faits majeurs de la semaine concerne Nvidia.
Les autorités américaines ont autorisé la reprise de certaines ventes de processeurs IA avancés, notamment le H200, vers la Chine, après plusieurs mois de restrictions. Cette décision s’accompagne de nouvelles conditions commerciales, dont une taxation à l’importation pouvant atteindre 25 %.

Cette annonce a eu un impact immédiat sur les marchés financiers, avec un rebond du titre Nvidia, illustrant à quel point l’entreprise est devenue un baromètre direct de l’économie mondiale de l’IA. Nvidia reste aujourd’hui valorisée autour de 180 milliards de dollars, portée presque exclusivement par la demande en calcul pour l’intelligence artificielle.

Au-delà du matériel, Nvidia investit aussi dans l’écosystème logiciel. Cette semaine, l’entreprise a confirmé un investissement de 150 millions de dollars dans la startup Baseten, spécialisée dans l’inférence, c’est à dire l’exécution de modèles IA en production. Les analystes estiment que l’inférence pourrait représenter entre 60 et 80 % des charges de travail IA dans les prochaines années, bien devant la phase d’entraînement des modèles.

Une adoption massive, mais une rentabilité encore limitée

Côté entreprises, les chiffres révèlent un décalage important entre ambition et réalité.
Environ 74 % des organisations déclarent vouloir utiliser l’IA pour augmenter leurs revenus, mais seulement 20 % constatent aujourd’hui un impact financier mesurable. Cela signifie que l’IA est largement déployée, mais encore mal intégrée dans les chaînes de valeur.

Ce constat explique pourquoi les grandes entreprises réorientent leurs investissements vers des solutions plus ciblées, capables d’automatiser des tâches précises plutôt que de multiplier les projets expérimentaux.

Tensions géopolitiques assumées autour des puces IA

La décision américaine sur les exportations de puces a relancé les débats géopolitiques.
Le dirigeant de Anthropic a publiquement critiqué cette autorisation, comparant la vente de puces IA avancées à la Chine à une erreur stratégique majeure. Cette prise de position illustre la montée des inquiétudes autour de la diffusion de technologies considérées comme critiques.

De son côté, la Chine accélère ses investissements dans des solutions locales, à la fois sur les semi-conducteurs et sur les modèles de langage, avec un objectif clair d’autonomie technologique à moyen terme.

Alliances industrielles et concentration du marché

Sur le plan industriel, la semaine a aussi été marquée par la consolidation d’alliances stratégiques.
Microsoft, Nvidia et Anthropic renforcent leurs coopérations autour du cloud Azure, de la fourniture de puissance de calcul et du déploiement de modèles IA à grande échelle. Ces accords représentent plusieurs dizaines de milliards de dollars d’engagements cumulés sur plusieurs années.

Cette concentration pose un problème structurel : une part croissante de l’innovation et de l’accès au calcul est désormais contrôlée par un nombre très restreint d’acteurs.

Usages réels et adoption mondiale contrastée

Du côté des usages, les chiffres montrent des écarts régionaux marqués.
En Europe, plus de 40 % de la population aurait déjà utilisé un outil d’IA générative au moins une fois, contre environ 30 % aux États-Unis et moins de 20 % en Chine. À l’échelle mondiale, on estime que près de 1,8 milliard de personnes ont déjà utilisé des outils d’IA, dont environ 500 à 600 millions de manière régulière.

L’IA progresse aussi dans des secteurs moins visibles. Des études récentes montrent une forte augmentation de l’utilisation de l’IA pour l’assistance à l’écriture scientifique, en particulier dans les pays non anglophones, ce qui réduit certaines barrières d’accès à la publication académique.

Cette semaine confirme que l’IA est entrée dans une phase lourde et structurante.
Les chiffres montrent une adoption massive, mais une rentabilité encore incertaine. Les décisions politiques sur les puces révèlent une tension géopolitique durable. Les alliances industrielles concentrent le pouvoir technologique entre quelques acteurs clés.

L’IA n’est plus un sujet de démonstration technologique.
C’est désormais une question d’infrastructure, de souveraineté et de contrôle économique.

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