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Entretien avec Slimane Benjelloun : « La gamification doit s’intégrer comme un catalyseur, pas comme une couche supplémentaire »

Entretien avec Slimane Benjelloun : « La gamification doit s’intégrer comme un catalyseur, pas comme une couche supplémentaire »

Par AL
slimane benjelloun

En amont de sa conférence organisée à la Maison des Alumni à destination des DRH, décideurs et cadres dirigeants issus notamment des réseaux HEC, ESSEC et ESCP, Slimane Benjelloun, CEO de The Gamifiers, livre son regard sur la place de la gamification en entreprise. Il évoque ses leviers d’efficacité, les freins à son adoption, les modalités de son intégration dans les processus RH ainsi que les méthodes pour en évaluer l’impact.

Selon vous, quels leviers rendent la gamification efficace pour transformer l’engagement des collaborateurs ?

Slimane Benjelloun : La gamification devient réellement transformative lorsqu’elle touche à la fois le sens, l’émotion et l’action. Le premier levier est l’alignement avec une intention claire : on ne joue pas pour jouer, on joue pour faire passer un message stratégique, accompagner un changement ou renforcer une culture. Le deuxième levier est l’expérience vécue : immersion, narration, interaction sociale, droit à l’erreur. Lorsque les collaborateurs se sentent acteurs, et non spectateurs, l’engagement devient naturel. Enfin, la personnalisation est clé : une mécanique de jeu efficace parle au collectif tout en laissant à chacun un espace d’expression, de progression et de reconnaissance.

Quels sont les principaux freins à l’adoption de la gamification par les collaborateurs et comment les surmonter ?

Le principal frein est souvent culturel. La gamification est encore parfois perçue comme infantilisante ou déconnectée des enjeux business. Pour lever cette barrière, il faut démontrer qu’il s’agit d’un outil sérieux au service de sujets sérieux : transformation, performance, collaboration, innovation. Un autre frein est la peur du jugement ou de l’exposition : certains collaborateurs redoutent de « mal jouer ». Là, le rôle du cadre est essentiel : créer un espace sécurisé, sans sanction, où l’erreur devient un levier d’apprentissage. Enfin, la co-construction avec les équipes permet de renforcer l’adhésion et d’ancrer le jeu dans leur réalité.

Comment intégrer la gamification dans les processus RH existants sans créer de surcharge pour les managers ou les employés ?

La gamification doit s’intégrer comme un catalyseur, pas comme une couche supplémentaire. Elle fonctionne lorsqu’elle s’appuie sur des temps déjà existants : séminaires, formations, onboarding, conventions, rituels managériaux. L’enjeu est de remplacer certains formats par des expériences plus interactives, sans allonger les agendas. Pour les managers, la clé est la simplicité : des mécaniques claires, des outils légers, et un accompagnement en amont. Une gamification bien pensée fait gagner du temps en augmentant l’attention, la mémorisation et l’appropriation des messages.

Quels indicateurs ou méthodes recommandez-vous pour évaluer le retour sur investissement d’une démarche de gamification en entreprise ?

Le ROI ne se mesure pas uniquement en chiffres immédiats. Il faut combiner des indicateurs quantitatifs et qualitatifs. Parmi les premiers : taux de participation, complétion des parcours, engagement sur la durée, rapidité d’appropriation des messages clés. Parmi les seconds : feedbacks à chaud et à froid, évolution des comportements observés, qualité des interactions, niveau d’alignement perçu. À moyen terme, on peut aussi relier la gamification à des indicateurs RH ou business existants : rétention, performance collective, fluidité de la collaboration, efficacité des transformations engagées.

Selon vous, quelles évolutions technologiques ou méthodologiques vont transformer la gamification dans les trois à cinq prochaines années ?

Nous allons assister à une gamification plus intelligente, plus humaine et plus mesurable. L’intelligence artificielle permettra une personnalisation fine des parcours, adaptée aux profils, aux rythmes et aux émotions. Les expériences phygitales, mêlant présentiel, digital, réalité augmentée ou données biométriques, enforceront l’immersion et l’impact émotionnel. Méthodologiquement, la gamification va sortir du one-shot pour s’inscrire dans des parcours de transformation continus, au service de la culture d’entreprise. Enfin, elle sera de plus en plus utilisée comme un outil de lecture des dynamiques humaines : comprendre comment les équipes coopèrent, décident et évoluent face au changement.

Propos recueillis par Asmaa Loudni

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