Trump durcit le ton contre Cuba, colère à La Havane
Le président américain Donald Trump a ravivé les tensions avec Cuba en durcissant nettement son discours à l’égard du régime de La Havane. Dimanche, sur son réseau Truth Social, il a appelé l’île caribéenne à accepter un « accord » sans en préciser la teneur, avertissant que sans évolution rapide, Cuba ne recevrait « plus de pétrole ou d’argent – zéro ». Il a ajouté : « Je suggère fortement qu’ils acceptent un accord, avant qu’il ne soit trop tard ».
Ces déclarations ont suscité une vive réaction des autorités cubaines. Le président Miguel Díaz-Canel a affirmé sur le réseau X que Cuba est « une nation libre et indépendante » et que « personne ne lui dicte quoi faire ». Selon lui, l’île « n’agresse pas » mais subit depuis 66 ans une politique hostile de la part des États-Unis, en référence à l’embargo imposé en 1962 et renforcé à plusieurs reprises depuis.
Interrogé plus tard à bord d’Air Force One, Donald Trump a précisé que sa priorité immédiate concernait les personnes ayant quitté Cuba, notamment celles qui vivent aujourd’hui aux États-Unis. « Le plus important, pour l’instant, c’est de s’occuper de ceux qui sont venus de Cuba, qui sont des citoyens américains ou qui se trouvent dans notre pays », a-t-il déclaré, sans détailler la nature de l’« accord » évoqué quelques heures plus tôt.
Le contexte régional contribue à l’escalade verbale. Huit jours auparavant, les forces américaines ont capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro lors d’une opération qui a coûté la vie à des dizaines de membres des forces de sécurité vénézuéliennes et cubaines. Or, Cuba entretient depuis plus de deux décennies une coopération étroite avec le Venezuela, qui lui a longtemps fourni du pétrole en échange de l’envoi de médecins, d’enseignants et de personnels techniques.
Donald Trump a accusé La Havane d’avoir bénéficié pendant des années « d’importantes quantités de pétrole et d’argent provenant du Venezuela » et d’avoir, en retour, fourni des « services de sécurité » aux dirigeants vénézuéliens successifs. « Mais c’est fini ! », a-t-il insisté dans son message.
Dans un autre message, le président américain a relayé une publication suggérant que son secrétaire d’État, Marco Rubio, d’origine cubaine, pourrait un jour devenir président de Cuba, commentaire qu’il a approuvé par ces mots : « Ça me semble bien ! ». Cette déclaration, largement reprise à La Havane, a été perçue comme une provocation supplémentaire.
Les propos de Donald Trump s’inscrivent dans une rhétorique qu’il présente désormais comme la « doctrine Donroe », un jeu de mots mêlant son prénom au nom du président James Monroe, artisan au XIXe siècle d’une politique visant à faire de l’Amérique latine une zone d’influence privilégiée des États-Unis.
À Cuba, ces déclarations provoquent inquiétude et exaspération, mais aussi une forme de résignation. Dans les rues de La Havane, Mercedes Simon, une retraitée de 65 ans, estime que « tous les présidents américains parlent de Cuba depuis des décennies, mais n’agissent pas ». Marcos Sanchez, un employé de la restauration de 21 ans, souhaite pour sa part que les deux pays « trouvent un terrain d’entente, sans recours à la violence ».
Pour Regla Gonzalez, femme au foyer de 54 ans, la crainte d’une action militaire est bien réelle. « Les bombes n’ont pas de noms et les guerres, d’une façon ou d’une autre, nous affectent tous », confie-t-elle.
La réaction officielle la plus sévère est venue du ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, qui a accusé Washington de se comporter comme « un criminel hégémonique et incontrôlable qui menace la paix et la sécurité, non seulement à Cuba et dans cet hémisphère mais aussi dans le monde entier ».
Du côté américain, plusieurs responsables républicains d’origine cubaine ont au contraire salué la fermeté du président. L’élu Mario Diaz-Balart a ainsi affirmé que « la tyrannie à Cuba ne survivra pas » au second mandat de Donald Trump.
LNT avec AFP
