Pourquoi tout le monde en parle : l’Iran
Tout le monde parle de l’Iran. En ce début d’année 2026, l’Iran occupe une place centrale dans l’actualité internationale en raison d’une crise d’une ampleur rarement vue depuis la révolution de 1979. Dans plusieurs villes du pays, des manifestations massives ont éclaté à la fin décembre 2025, d’abord en réaction à une crise économique profonde, à la chute de la monnaie nationale et à la hausse du coût de la vie. Ces rassemblements ont rapidement débordé du cadre économique pour exprimer une opposition généralisée au régime politique. Depuis plus d’un mois, des millions d’Iraniens de toutes générations et de toutes origines sociales ont rejoint ces protestations, dans ce qui est considéré comme l’un des mouvements populaires les plus importants de l’histoire récente du pays.
La réaction des autorités a été d’une violence extrême. Les forces de sécurité, y compris l’armée régulière, les gardiens de la révolution et les milices paramilitaires, ont réprimé les manifestations avec une force brutale, utilisant des armes à feu, des miliciens armés et des tactiques de terreur pour disperser les foules. Des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées, traumatisées ou tuées dans les affrontements, certains estimant que le nombre de morts pourrait atteindre des dizaines de milliers dans certaines régions. Cette répression est décrite par beaucoup comme la plus sanglante depuis la révolution islamique de 1979.
Face à cette situation, le gouvernement iranien a également coupé l’accès à Internet à l’échelle nationale, isolant ainsi la population du reste du monde et limitant considérablement la capacité des journalistes et des observateurs internationaux à documenter les événements. Cette stratégie de blackout numérique, combinée à des arrestations massives et à des restrictions des communications, a renforcé l’impression d’un pouvoir qui cherche à étouffer toute dissidence et à contrôler l’information.
La crise intérieure en Iran ne se limite pas à un simple mouvement de protestation. Elle a des répercussions sur la scène internationale, car plusieurs pays – notamment les États-Unis et plusieurs nations européennes – ont exprimé leur inquiétude face à la répression, condamnant publiquement les violences et appelant à des sanctions ou à des enquêtes internationales sur les violations des droits humains. Dans le même temps, le gouvernement iranien accuse des puissances étrangères, en particulier les États-Unis et Israël, de chercher à déstabiliser le pays de l’intérieur en soutenant les mouvements d’opposition.
Cette situation s’inscrit dans un contexte historique complexe. Depuis la révolution de 1979, l’Iran est gouverné par un système théocratique où le clergé détient un rôle central, incarné par le guide suprême. Au fil des décennies, l’Iran a été confronté à des tensions avec l’Occident, en particulier à cause de son programme nucléaire, de son soutien à des groupes armés dans la région et de son opposition aux alliances occidentales. Ces rivalités ont parfois débouché sur des sanctions économiques sévères, une guerre meurtrière avec l’Irak dans les années 1980, et des cycles répétés de crise diplomatique avec des gouvernements occidentaux.
La crise actuelle s’ajoute à une histoire déjà marquée par des vagues de protestations populaires, mais ce mouvement est plus vaste et plus structuré que ceux qui ont précédé. Il est le résultat à la fois de frustrations économiques profondes, d’un désir croissant de réformes politiques et d’une jeunesse iranienne connectée au monde extérieur, malgré les tentatives de fermeture des réseaux numériques. Pour beaucoup d’analystes, ces protestations représentent une remise en question fondamentale du système politique iranien, un défi intérieur qui pourrait transformer durablement la société iranienne.
Sur le plan régional, la situation inquiète également les pays voisins et les grandes puissances. Il existe un risque que les tensions débordent au-delà des frontières, surtout si des acteurs extérieurs sont perçus comme cherchant à exploiter la crise pour leurs propres intérêts géopolitiques. Le Golfe Persique, une zone stratégique pour l’économie mondiale en raison de ses ressources pétrolières, pourrait devenir un point de confrontation si les rivalités s’intensifient.
En résumé, tout le monde parle de l’Iran parce que le pays traverse une crise intérieure profonde, qui combine une révolte sans précédent, une répression violente de l’État, des enjeux de droits humains, et des implications géopolitiques internationales. Cette convergence de facteurs fait de la situation iranienne un sujet d’attention majeure sur la scène mondiale.