Des migrants secourus en Méditerranée sont transférés du Sea Watch 3 sur une vedette de la marine maltaise pour rejoindre le port de La Valette et pouvoir débarquer © AFP FEDERICO SCOPPA

International

Les 49 migrants bloqués en Méditerranée ont débarqué à Malte

le 9 janvier 2019


Les 49 migrants bloqués pour certains depuis plus de deux semaines sur deux navires d’ONG allemandes ont débarqué mercredi à Malte après un accord pour les répartir dans huit autres pays européens.

« C’est fini ! »: Sur le navire de l’ONG Sea-Watch, les 32 migrants qui avaient été secourus le 22 décembre ont crié, pleuré, chanté et embrassé les sauveteurs lorsqu’ils ont appris qu’ils allaient enfin pouvoir rejoindre la terre, selon une vidéo diffusée par l’ONG.

Ils ont été transférés en début d’après-midi sur une vedette de la marine maltaise, tout comme les 17 autres migrants secourus le 29 décembre par l’ONG Sea-Eye, et sont arrivés peu après dans le port de La Valette, d’où ils sont rapidement partis en bus vers un centre d’accueil.

Les deux navires de Sea-Watch et Sea-Eye avaient été autorisés il y a une semaine à s’abriter du mauvais temps dans les eaux maltaises, mais l’accord en vue d’un débarquement des migrants a pris du temps parce que Malte exigeait d’y inclure 249 autres migrants que ce tout petit pays méditerranéen avait secourus et accueillis ces derniers jours.

Finalement, « 220 personnes seront redistribuées dans d’autres pays membres ou rentreront dans leur pays d’origine », a annoncé le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, lors d’une conférence de presse.

Les migrants seront répartis entre l’Allemagne et la France, qui en accueilleront chacun 60, mais aussi le Portugal, l’Irlande, la Roumanie, le Luxembourg, les Pays-Bas et l’Italie.

Parallèlement, 44 Bangladais du groupe déjà présent à Malte seront renvoyés dans leur pays, La Valette estimant qu’ils n’ont pas de motif pour y demander l’asile. Au final, 78 des migrants du premier groupe resteront à Malte, le plus petit pays de l’UE avec 450.000 habitants.

« Nous voulions faire passer un message politique fort, à savoir que le fardeau devait être partagé car il s’agit d’un problème européen », a expliqué M. Muscat (gauche).

– « Un signe de faiblesse » –

« Chaque heure passée sans règlement n’était pas une heure dont j’étais fier », a-t-il ajouté, en regrettant que la solution n’implique que quelques pays et non l’ensemble de l’UE.

Redoutant de voir les arrivées dans ses eaux se multiplier à l’avenir maintenant que les navires de secours plus au sud se sont raréfiés, Malte avait plaidé pour une solution « complète et globale ».

« Il est dans notre nature d’aider les personnes en détresse, mais en tant que Premier ministre, je ne peux pas me soustraire à la responsabilité de préserver notre sécurité et nos intérêts nationaux », a expliqué M. Muscat, répétant que le présent accord ne constituait pas « un précédent ».

Selon le commissaire européen chargé des migrations, Dimitris Avramopoulos, « ces dernières semaines n’ont pas été les meilleures pour l’Europe. Avoir 49 personnes sur des bateaux pendant près de trois semaines, ce n’est pas ce que l’Union européenne représente ».

Comme lors des précédents accords pour répartir des migrants secourus par d’autres navires d’ONG ou même des garde-côtes italiens, M. Avramopoulos a plaidé pour « la mise en place de mécanismes durables » pour éviter les prochaines crises.

A Paris, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a lui aussi réclamé « un mécanisme durable » et rappelé les principes prônés par la France, qui contrairement à l’Italie, à Malte et à l’Espagne, n’a jamais ouvert ses ports aux migrants secourus au large de la Libye: « Débarquement des bateaux dans le port sûr le plus proche; solidarité dans l’accueil des personnes en besoin de protection ».

En Italie, la quinzaine de migrants que le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, a accepté d’accueillir provoquait un débat houleux, au point que les responsables de la majorité doivent se retrouver en urgence dans la soirée: le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, s’oppose farouchement à toute arrivée.

« A Bruxelles, ils font semblant de ne rien comprendre et facilitent le travail des passeurs et des ONG », a réagi M. Salvini, également patron de la Ligue (extrême droite). « Céder aux pressions et aux menaces de l’Europe et des ONG est un signe de faiblesse que les Italiens ne mérite pas ».

Sur Twitter, le mot d’ordre #SalviniNonMollare (Salvini tiens bon) qu’il a lancé mardi soir restait parmi les plus partagés en Italie.

LNT avec Afp