2026, une conjoncture rare pour une économie émergente
Certes, les impacts économiques des pluies intenses des dernières semaines seront très importants et leurs effets positifs boosteront l’activité économique marocaine en 2026 avec un effet positif sur le PIB.
Mais, dans l’immédiat, c’est l’amélioration des niveaux d’eau après sept ans de sécheresse qui constitue la bonne nouvelle. En effet, avec des réserves hydriques de loin supérieures à la moyenne saisonnière, le pays renoue avec une sécurité hydrique pour l’agriculture. Avec la croissance des cultures, les agriculteurs vont bénéficier d’un tournant positif pour la saison agricole à venir qui va se concrétiser par une relance d’activité, donc de la production avec un potentiel de la stabilisation des filières agro-alimentaires grâce à de meilleures conditions agricoles. Ce qui créera de meilleures perspectives pour l’emploi rural. Comme la hausse significative des niveaux des barrages et des nappes phréatiques apportera une marge de sécurité hydrique pour l’irrigation et l’eau potable.
Par ailleurs, les indicateurs macroéconomiques du Maroc sont déjà au vert. Pour l’économie du Maroc, les astres se sont alignés tout particulièrement en 2025 avec des agrégats de l’année satisfaisants et des perspectives économiques particulièrement prometteuses. Ce constat d’une orientation positive quasi unanime de tous les indicateurs est une première pour le Maroc. En effet, au niveau de la croissance économique, le PIB affiche une progression inédite de 5,0%, avec des indicateurs sectoriels très rassurants à l’instar de l’agriculture avec un taux de remplissage moyen des barrages de 42,5%, de l’industrie dont le taux d’utilisation des capacités atteint 79%, du tourisme avec 19,8 millions d’arrivées ou encore de la facture énergétique qui s’allège grâce à un prix du baril durablement en deçà de 60 $.
Aussi, la situation budgétaire du pays s’est renforcée avec des recettes ordinaires qui au cours des 4 dernières années ont connu une progression moyenne de près de +30 MMDH alors que la charge de compensation ne constitue plus un fardeau, à 1,0% du PIB. Les finances publiques ont ainsi été portées par des recettes devenues solides en progression forte et constante depuis 2022. Et, la loi de finances 2026 poursuit cet élan affichant une hausse de +38 MMDH de ces revenus à 433 MMDH.
Cette tendance, se qualifie de saine, parce qu’alimentée par des recettes fiscales fruits de la croissance économique, qui résultent également de l’implémentation progressive des réformes de la TVA, de l’IS, et de l’IR, de la réduction des exonérations d’impôts qui ne représentent plus que 2% du PIB et des efforts de recouvrement menés par l’Administration fiscale.
Résultat, le solde ordinaire attendu est en hausse de +12 MMDH en 2026, ce qui permettrait de financer 40% de l’investissement du Trésor, contre 20% lors de la loi de finances 2025, couvrant ainsi les investissements qui se sont fortement multipliés atteignant des niveaux records. Et ce, alors que le déficit budgétaire et l’endettement poursuivent une tendance baissière.
Les principaux agrégats de la loi de finances 2026 mettent en évidence l’évolution des engagements du secteur public tant en matière de fonctionnement que d’investissement profitant de cette conjoncture favorable.
Ses prévisions de croissance pourront même excéder le taux prévu de 4,6% pour 2026 du fait que la pluviométrie projette une récolte agricole normale, avec une production céréalière qui pourrait surperformer l’hypothèse de 70 MQ prévue par la loi de finances.
De plus, sur le plan monétaire, l’inflation s’est limitée à 0,8%, les encours crédits ont accéléré leur progression à 6,2%, tandis que le taux de créances en souffrance se situe en novembre à 8,7%, stable par rapport à l’année précédente, ce qui permet d’accompagner le dynamisme de l’économie.
Dans ce contexte, en 2026, la dynamique de la demande se continuera grâce à la poursuite de grands chantiers structurants, à la FBCF qui connaîtra une hausse de +6,6%. De même que par l’investissement soutenu par le rebond des IDE de +40% en 2025 après +55% en 2024, des crédits à l’équipement à +16,8%, qui se reflète sur l’importation des biens d’équipement de +16,7%.
Sachant que le secteur tertiaire demeure le premier contributeur à la croissance économique du fait de son poids et de ses performances qui s’inscrivent dans la régularité. Les services devraient afficher, selon les hypothèses de la loi de finances 2026, une hausse de +4,2% après +4,1% dans la loi de finances 2025.
En conséquence, le climat des affaires au Maroc, est au beau fixe, concrétisé par un regain de la notation « Investment Grade ».
Les dernières pluies, confortent ainsi les hypothèses macroéconomiques pour l’année 2026, les rendant réalistes. Ainsi, globalement, l’économie marocaine devrait consolider ce nouveau pallier de croissance près du seuil de +5%, confirmant une dynamique nettement supérieure au niveau de la croissance long terme qui se situe autour de +3,5%.
Une configuration qui devient plausible dans une économie qui de fait conduit une politique budgétaire quasi-expansionniste tout en maintenant un contrôle de l’encours de la dette, loin du niveau de 70%, seuil de tolérance de dette pour les pays émergents. Une comparaison qui s’impose pour un pays qui entre dans le groupe de pays qualifiés comme tel…
Afifa Yata
