Les artères de Casablanca sont abandonnées par les habitués afin de juguler la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19)

Société

2020 sera une année « blanche », selon le CMC

le 23 mars 2020


Dans son dernier billet d’information, le Centre Marocain de Conjoncture dresse un sombre tableau du double effet de la sécheresse et de la pandémie du covid-19 sur l’économie nationale. En voici le texte :

Sans précédent, le choc économique engendré par la pandémie du coronavirus (covid19) a provoqué de profonds changements dans les comportements des agents, des opérateurs économiques et des gouvernements à l’échelle planétaire et a remis en cause la mondialisation et ses bienfaits sur les économies des pays. La andémie
s’est déclenchée en décembre 2019 à Wuhan en Chine l’un des deux principaux épicentres de l’économie mondiale avec de nombreux décès et un confinement total. Atteinte de plein fouet, l’Italie a elle aussi été entièrement mise sous cloche. Les autres pays de l’Euroland infectés (la France, l’Espagne, l’Allemagne, la Belgique…) ont fermé leurs frontières pour essayer d’endiguer la propagation du virus. Les pays d’Asie et du Moyen Orient sont touchés et comptent leurs morts. Les États Unis ont interdit aux européens l’accès sur son territoire pour une durée d’un mois. Un climat de terreur et de phobie s’installe dans tous les coins du monde, bouscule et presse les gouvernants à prendre des dispositions rapides pour stopper l’invasion de la maladie.

Les frontières se ferment, les avions sont cloués au sol, les chaînes d’approvisionnement des industries sont soumis à une rude épreuve et les entreprises de certains secteurs d’activité commencent déjà à réfléchir comment réduire la voilure. Les marchés mis sous pression par le ralentissement voire l’arrêt de l’économie chinoise se sont affolés et ont affiché des évolutions dont les ampleurs étaient inattendues.

Ainsi et en raison du fait que la Chine est le plus important consommateur du monde des matières premières, les cours ont chuté pour connaître le niveau le plus bas depuis l’année 2016. Mais l’effondrement des cours le plus spectaculaire a concerné le marché du pétrole, le prix du baril du brent est passé de 65 dollars environ le 15 janvier à 26,46 dollars le 19 mars 2020. En effet outre l’impact du coronavirus et l’affaiblissement de l’économie chinoise qui pèse plus de 14% dans la consommation mondiale du pétrole, cette descente vertigineuse des cours a été provoquée aussi et concomitamment par la situation conflictuelle qui s’est déclarée entre les trois principaux producteurs les États-Unis, la Russie et l’Arabie saoudite pour des visées économiques et géostratégiques. La dégringolade a eu entre autre de fortes incidences sur les places financières et les bourses dans leur majorité ont dévissé.

L’économie mondiale a changé de visage et la crise qu’elle couve ne s’apparente ni à celle d’une économie de guerre ni à une crise financière similaire à celle de 2007-2008 dont les éléments déclencheurs sont connus et leur foyer localisé pour y apporter, comme cela a été fait, les remèdes nécessaires et efficaces et réduire son impact sur l’économie réelle. De grandes incertitudes et des interrogations légitimes commencent à se poser sur de quoi demain sera fait. Les craintes liées au prolongement de la crise sanitaire dans la durée et à son extension à d’autres espaces ont poussé les pouvoirs publics de l’ensemble des pays touchés à adopter des stratégies et des plans d’urgence pour freiner la maladie du covid19, et pour venir en aide aux secteurs d’activité les plus affectés (transport aérien, hôtellerie, activités liées au tourisme…) et procéder au redressement de l’économie d’une manière générale.

La Banque Centrale Européenne a débloqué une enveloppe de 750 milliards d’euros pour alléger tant soit peu les retombées néfastes de cette crise sanitaire sur les
économies. La France qui a décrété l’état d’urgence sanitaire a aussi établi un plan avec un budget de 45 milliards d’euros destiné à atténuer les conséquences de la maladie sur l’économie et 2 milliards pour essayer d’enrayer la pandémie. L’Espagne a alloué un budget de 100 milliards d’euros pour soulager ses entreprises. Les autres pays d’Europe ainsi que les États-Unis ont opté pour des plans d’urgence similaires avec des budgets aussi importants. Le Royaume du Maroc n’est pas en reste puisque le gouvernement a alloué une enveloppe budgétaire de 10 milliards de dirhams dont 5 milliards sont réservés pour contrecarrer la pandémie et les 5 autres pour soutenir les activités économiques impactées. En parallèle et dans un élan de solidarité et de générosité exemplaire, ce fonds spécial pour la gestion de la
pandémie covid19 a été renfloué en l’espace de 48 heures d’un montant supérieur à 10 milliards de dirhams par les dons bénévoles des entreprises et des institutions privées et publiques ainsi que des particuliers.

Economie mondiale : Une croissance modeste d’environ 2%

Devant cette situation tragique pour l’humanité entière, imprévisible il y a de cela quatre mois, établir desprévisions et des scénarii de ce que sera demain rencontre
les plus grandes difficultés pour avancer des hypothèses crédibles et pronostiquer des évolutions plausibles des économies tant le poids des incertitudes qui entourent ses prévisions est tellement lourd. À côté des pertes inestimables de vies humaines à déplorer, la maladie du covid19 a occasionné de larges dégâts au niveau de toutes les économies et a eu des incidences fâcheuses sur le pouvoir d’achat des catégories sociales les plus vulnérables. Ainsi affectés par le ralentissement quasi certain que connaitrait l’économie chinoise avec un taux de croissance d’à peine 3,5% contre 6,1 en 2019, certains pays asiatiques et même des pays de la zone euro pourraient entrer en récession.

La France prévoit déjà une baisse de la croissance de 1%.Et l’économie mondiale d’après les estimations prospectives du Centre ne connaitrait qu’un taux de croissance modeste d’environ 2%. Dans cette conjoncture internationale déprimée et altérée par l’ampleur de la crise sanitaire, l’économie nationale va être impactée sérieusement de par son ouverture et ses interdépendances avec le monde extérieur. En plus, elle se trouve prise en tenaille entre les effets dévastateurs du coronavirus et la contreperformance quasiment connue du secteur agricole.

Aujourd’hui, le sérieux déficit pluviométrique constaté au cours des derniers mois préfigure d’une mauvaise campagne agricole dont l’ampleur a déjà poussé le Ministère de tutelle à mettre en œuvre un plan d’urgence pour pallier le manque d’eau et protéger le cheptel.

Des hypothèses fragiles, mais soutenables

Ainsi compte tenu de la singularité de l’exercice 2020,  les hypothèses qui ont présidé à l’établissement des prévisions exploratoires pour l’économie marocaine sont conditionnées par les développements rapides des évènements et par voie de conséquence demeurent assez fragiles. Celles qui sous-tendent le scénario de référence peuvent se résumer comme suit :

(i) L’hypothèse centrale considère que la crise sanitaire prendrait fin au milieu de l’année et que la reprise devrait se faire progressivement sans à-coups ;

(ii) La campagne agricole 2019-2020 assez sèche produirait un affaissement notable de la production céréalière qui ne dépasserait guère les 40 millions de quintaux ;

(iii) La baisse du taux directeur de Bank Al Maghreb d’un quart de point ne produirait aucun effet immédiat sur l’économie réelle ;

(iv) Par contre la politique budgétaire largement accommodante initiée par la création du fonds spécial de gestion de la pandémie du coronavirus et la solidarité agissante des marocains pourrait bien faire éviter la faillite à un bon nombre d’entreprises et sauver des emplois ;

(v) Les autres hypothèses conventionnelles qui se trouvent derrière ce scénario tablent sur un redressement du prix du pétrole au milieu de l’année pour se stabiliser autour de 50 dollars après la chute qu’il a accusé au dessous de la barre des 30 dollars. Elles supposent que l’inflation resterait contenue à un niveau
assez bas. Elles présument aussi qu’avec l’élargissement de la bande des fluctuations possibles concernant les termes de change, la parité du dirham pencherait plus vers une réévaluation vis-à-vis du dollar et connaitrait une dépréciation par rapport à l’Euro.

Une croissance de 0,8% en 2020

Dans le cadre de cette panoplie d’hypothèses fragiles mais soutenables et au vu des maigres indices précurseurs,la configuration des prévisions sectorielles retenues pour le scénario de référence a permis de dégager un taux de croissance conjecturable du Produit intérieur brut à prix constants d’environ 0,8% pour l’exercice 2020.
Cette contre-performance économique devrait découler du retrait de l’ensemble des secteurs sous les effets multiples déclenchés par la maladie du Covid19 de la psychose et de la perte de confiance en passant par les restrictions des déplacements et le confinement pour arriver au stade de l’état d’urgence sanitaire.

En dehors du secteur agricole qui devrait afficher une diminution de sa valeur ajoutée en volume d’environ 3% en raison des conditions climatiques pernicieuses enregistrées durant l’hiver, les autres secteurs devraient pâtir des dégâts causés par le coronavirus et ce à des degrés divers en accusant un ralentissement ou carrément une baisse de l’activité. Le secteur de l’hébergement et la restauration figure parmi les activités les plus touchées, sa valeur ajoutée en termes réels devrait
fléchir d’environ 25 % tant la reprise serait lente et difficile. Les services de transport aussi bien aérien, ferroviaire que routier devraient marquer le pas et leur valeur ajoutée globale connaitrait une stagnation en glissement annuel.

Quant au secteur de l’industrie extractive, il devrait subir l’impact du rétrécissement des marchés extérieurs induit par le mouvement dépressif de l’économie mondiale. Le rythme de sa croissance pour 2020 connaitrait un ralentissement et serait amputé de moitié comparativement avec celui de l’année écoulée qui serait de l’ordre de 5%.
Dans cette texture anticipée de la croissance de l’économie nationale pour l’année 2020, la contribution des activités des industries manufacturières resterait modeste et se situerait en deçà des 2% aux termes de l’année; aujourd’hui certaines de ces activités peinent à trouver des marchés ou sont bloquées par manque d’approvisionnement en matière première et produits intermédiaires et d’autres sont complètement à l’arrêt comme la branche principale de l’industrie automobile.

LNT avec CdP