Politique

1,2,3, où va l’Algérie ?

le 21 février 2019


L’Union du Maghreb Arabe, UMA, vient de célébrer ses trente années d’existence.

Mais, peut-on vraiment célébrer l’anniversaire d’une entité régionale qui, hormis quelques structures bureaucratiques occupées par des diplomates de carrière, n’existe que formellement, sur le seul papier sur lequel est couché le texte fondateur de ce « Traité de Marrakech » ?

Alors que ce trentenaire est passé totalement inaperçu pour les peuples du Maghreb, institutions politiques partisanes et médias, seul le Président algérien Abdelaziz Bouteflika a cru bon de l’évoquer publiquement et officiellement, adressant au Roi du Maroc, SM Mohammed VI, un message en cette occasion.

On épargnera au lecteur la redite des circonvolutions mielleuses qui émaillent ce texte pour uniquement relever la proposition du Chef de l’État algérien d’observer en cette occasion « une pause » qui serait dédiée à la réflexion partagée sur les voies et moyens de relancer l’idéel maghrébin commun et, partant, sa construction régionale.

Le mal profond du Pouvoir algérien

Mais comment pourrait-on imaginer, un seul instant, que la volonté de relancer le Maghreb puisse devenir opératoire sans le règlement définitif de préalables incontournables et sur lesquels, bien soigneusement, avec autant de diligence que d’hypocrisie, le Pouvoir algérien fait l’impasse depuis plusieurs décennies ?

L’Union du Maghreb Arabe est une organisation mort-née parce que l’État algérien n’a jamais consenti en quasiment un demi-siècle, à cesser ses ingérences et sa politique d’obstruction systématique au parachèvement de l’unité nationale et territoriale du Maroc.

Alger, qui instrumentalise, finance, arme et soutient les séparatistes mercenaires du polisario, est le maître d’œuvre inique et unique de cette politique hypocrite qui consiste à faire l’exact contraire de ses promesses, professions de foi, assurances et engagements officiels !

Et c’est au Président Abdelaziz Bouteflika que revient le rôle principal, celui d’émettre des vœux pieux d’un côté et de poursuivre de l’autre, son dessein viscéralement anti-marocain !

Ce double langage révèle en réalité la schizophrénie du Pouvoir algérien et rien n’indique que ce triste état, souvent accompagné de paranoïa, trouvera rapidement un terme.

Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement alors que le peuple algérien s’apprête à se rendre aux urnes pour des élections présidentielles où Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, affecté par un AVC massif depuis 2013, briguera un cinquième mandat ?

Une démarche absolument surréaliste, qu’un esprit cartésien et logique ne saurait accepter et que l’entourage d’un Président amoindri, incapable de se déplacer, à l’élocution difficile, isolé dans un complexe présidentiel aussi fermé que l’était la Cité interdite sous l’Empire chinois, s’apprête à imposer à des millions de citoyens de ce pays voisin.

Certes, l’avenir du peuple algérien ne nous concerne pas directement car il est seul maître de sa destinée et l’ingérence dans ses affaires intérieures n’est pas permise.

Mais est-ce s’ingérer de s’inquiéter de ce qui se passe en Algérie quand on voit qu’en réalité le pouvoir y est confisqué par une camarilla dominée par la famille même du Président Bouteflika et l’appui de la haute hiérarchie militaire ?

Ne doit-on pas, en toute légitimité née du voisinage et de l’appartenance commune à ce Maghreb, s’interroger sur les conséquences d’un nouveau mandat présidentiel assumé par un homme qui, sans doute, est à peine maître de pensées qu’il ne peut plus exprimer ?

Déjà en Algérie et au sein de la diaspora algérienne, des voix s’expriment pour refuser cette nouvelle mystification seulement permise parce que les différents clans qui s’affrontent pour le pouvoir considèrent encore que la candidature de Bouteflika est la seule qui, par défaut, les arrange tous ?

Le Maroc, droit dans ses bottes !

Mais nous, Marocains, qui observons cette dérive sur laquelle les citoyens algériens n’ont aucune prise, pouvons-nous encore croire qu’il y a quelque espoir à formuler envers le Pouvoir algérien qui, d’un côté, nous propose une UMA, ménopausée ou andropausée (chacun choisira le genre qui lui plaît), et de l’autre, engage ses mercenaires de Tindouf dans la contestation multiforme de notre unité nationale sacrée ?

En fait, dans cette relation où la dyslexie intellectuelle sert de pavement au discours officiel algérien, le Royaume a bien pris soin de mettre en œuvre des politiques destinées à préserver ses acquis et conforter son intégrité territoriale.

Et, si depuis le début de la décennie 70 du siècle dernier, les obstacles ont été systématiquement mis sur notre route, l’Algérie n’a jamais pu empêcher que sur le terrain, dans nos Provinces du Sud, le drapeau national ne flotte sans interruption !

Et, avec les avancées diplomatiques sur la scène continentale, les acquis chaque plus nombreux au sein de l’Union africaine, l’approbation parlementaire européenne massive des accords, agricole et sur la pêche, Maroc-UE, l’affectation par le Budget fédéral américain de crédits pour nos Provinces du Sud qui seront gérés et engagés par Rabat, tout indique que le Royaume récolte de plus en plus fortement les fruits de sa persévérance dans la défense de ses droits inaliénables.

Impossible de prévoir jusqu’où ira le déclin du Pouvoir algérien actuel qui s’enfonce dans les ténèbres de l’irraison et de l’entêtement.

Mais le Maroc ne changera pas de voie et attendra, avec patience et détermination, qu’arrive le vent du changement chez nos voisins.

Alors quand le Président Bouteflika nous suggère une pause, on préfèrera qu’il se repose…

Fahd YATA