Le secrétaire d'Etat américain John Kerry (g) et son homologue iranien Javad Zarif (d) lors d'une réunion à Vienne sur le nucléaire iranien, le 16 janvier 2016 
© POOL/AFP/Archives KEVIN LAMARQUE

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry (g) et son homologue iranien Javad Zarif (d) lors d'une réunion à Vienne sur le nucléaire iranien, le 16 janvier 2016 © POOL/AFP/Archives KEVIN LAMARQUE

International

Nucléaire iranien : Dernière réunion à Vienne avant l’ère Trump

le 10 janvier 2017


L’Iran et les grandes puissances se réunissent mardi à Vienne pour faire le point sur l’accord nucléaire conclu en 2015, sur fond d’incertitudes liées à la prochaine entrée à la Maison Blanche de Donald Trump, qui a vivement critiqué ce texte.

La réunion, qui se tient au niveau des directeurs politiques, doit débuter peu après midi (11H00 GMT), sous l’égide de la Commission européenne.

Cette rencontre, la quatrième depuis l’entrée en vigueur en janvier 2016 de cet accord destiné à garantir le caractère strictement pacifique du programme nucléaire iranien, a été demandée par Téhéran en décembre, après le renouvellement de sanctions américaines.

Elle intervient dans un contexte d’expectative alors que M. Trump, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, a durant sa campagne électorale menacé de « déchirer » ce texte considéré comme un des principaux succès diplomatiques de l’administration Obama.

Côté iranien, l’accord a également perdu un soutien symbolique de poids en la personne de l’ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani, décédé dimanche à l’âge de 82 ans.

Conclu lors de négociations marathon en juillet 2015 entre l’Iran et le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne), dans la capitale autrichienne, l’accord prévoit une levée des sanctions frappant l’Iran en échange d’un strict contrôle de ses activités nucléaires.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), organe de l’ONU chargé d’en superviser l’application par Téhéran, a jusqu’à présent attesté que la République islamique remplissait ses engagements.

La communauté internationale a de son côté levé la plus grande partie des sanctions frappant l’Iran, permettant notamment un retour du pays sur le marché gazier et pétrolier mondial.

– Accord ‘affreux’ selon Trump –

Mais début décembre, le Congrès américain a renouvelé pour dix ans l’Iran Sanctions Act (ISA). Le président sortant Barack Obama, très impliqué dans la conclusion de l’accord, a autorisé cette prolongation mais s’est abstenu de signer la loi.

L’Iran juge que cette prolongation constitue une « violation » de l’accord nucléaire et accuse les Etats-Unis d’empêcher une réelle normalisation de ses relations économiques notamment bancaires avec le reste du monde.

Les Etats-Unis ont suspendu les sanctions anti-iraniennes liées au nucléaire, mais en imposent d’autres liées au non-respect des droits de l’Homme par Téhéran, à son soutien au « terrorisme » au Moyen-Orient et à son programme de missiles balistiques.

Les sanctions américaines pénalisent le secteur bancaire iranien ainsi que les industries de l’énergie et de la défense. De ce fait, les retombées économiques de l’accord nucléaire ont été beaucoup moins prometteuses qu’espéré par l’Iran, où cette frustration pourrait compromettre une éventuelle réélection du président modéré Hassan Rohani en mai.

Le représentant russe à la réunion de Vienne, Vladimir Voronkov, a toutefois jugé que « des problèmes d’ordre bilatéral n’auront aucun impact sur le Plan global d’action conjoint », le nom officiel de l’accord.

« De façon générale, je ne parlerais pas de problèmes d’application du plan. Il y avait des aspects normaux du travail qui devaient être clarifiés durant la mise en oeuvre, en termes de délais et de quantités », a-t-il déclaré à l’agence RIA Novosti avant la réunion.

L’AIEA a relevé que l’Iran avait légèrement dépassé à deux reprises le plafond convenu pour son stock d’eau lourde, fixé à 130 tonnes. Ces dépassements ont été régularisés par la suite par Téhéran via des exportations à l’étranger.

S’il a encore qualifié l’accord d' »affreux » dans un tweet fin décembre, M. Trump n’a pas précisé la marche qu’il entendait suivre concernant ce texte.

Il a toutefois désigné comme futur patron de la CIA un farouche opposant à l’Iran, Mike Pompeo, qui s’est engagé à revenir sur un « accord désastreux ».

M. Obama a toutefois douté que M. Trump puisse démanteler « un accord fantastique (…) qui empêche l’Iran d’obtenir une arme nucléaire ».

Les autorités iraniennes ont elles aussi estimé qu’il ne pourrait pas revenir sur l’accord, notamment parce qu’il a été « entériné » par l’ONU. L’Union européenne a également insisté sur le caractère « multilatéral » de ce texte.

LNT avec Afp