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Continuité, innovation, économie verte et développement durable au menu du Forum CGEM-MEDEF 0

10/03/16 publié par LNT-Dir

Entretien croisé avec Mme Bensalah-Chaqroun (CGE) et M. Gattaz (MEDEF)

Les patronats marocain et français se réunissent ce jeudi 10 mars à Casablanca à l’occasion de la sixième édition de leur Forum Maroc-France. Cette manifestation se veut la continuité d’une précédente rencontre tenue en mai 2015 à Paris entre le MEDEF et la CGEM et elle aura pour thématique principale « construire ensemble durablement ».

Pour l’occasion, la Présidente du patronat marocain, Mme Miriem Bensalah-Chaqroun, épaulée par le Club de Chefs d’entreprises France-Maroc, accueillera son homologue, M. Pierre Gattaz, Président du Mouvement des Entreprises de France, accompagné d’une forte délégation de patrons de l’Hexagone.

L’un des objectifs de cette rencontre est de positionner le Maroc et de mettre en avant ses atouts dans les domaines du développement durable et des énergies vertes, en vue d’attirer des investissements et de permettre aux entreprises marocaines d’intégrer les chaînes de valeur de ces métiers d’avenir, en devenant partenaires de ces investissements.

À l’occasion de ce Forum, Mme Miriem Bensalah-Chaqroun, Présidente de la CGEM et M. Pierre Gattaz, Président du MEDEF, ont accordé un entretien croisé à La Nouvelle Tribune et à www.lnt.ma dont voici la teneur.

 

La Nouvelle Tribune :

Les deux organisations patronales, marocaines et françaises, se retrouvent à Casablanca, dix mois après leur précédente rencontre à Paris, en mai 2015. Quelles sont les raisons premières et objectifs principaux de ce nouveau rendez-vous ?

 

Mme Miriem Bensalah-Chaqroun :

La France est le premier partenaire économique du Maroc et, tout naturellement, les relations entre les organisations patronales sont très fournies. Ce Forum Maroc-France, organisé par la CGEM, le MEDEF et notre Club de Chefs d’entreprises en est à sa 6e édition, sous sa forme actuelle. La rencontre du 10 mars s’inscrit dans une optique de continuité et d’innovation à la fois.

La continuité, se sont les courants d’affaires déjà existants dans plusieurs domaines industriels et qu’il faut entretenir, développer et nourrir à l’aune des changements qui interviennent au niveau d’un marché mondial qui devient de plus en plus concurrentiel. En ce sens, il n’est pas dit qu’en vertu de l’excellence de nos relations, un investisseur ou un donneur d’ordre français opte de facto pour une destination ou un produit marocain et vice-versa. Il faut continuellement rester attractif et compétitif. L’objectif de nos organisations patronales est de simplifier, soulever les bonnes questions à propos des entraves et interpeller l’Exécutif pour y remédier, ou encore jouer les bons offices entre entreprises.

L’innovation, elle, réside dans la recherche commune de nouvelles voies partenariat gagnant-gagnant. De nouveaux métiers liés à l’économie verte sont en train d’émerger et il s’agit de se positionner sur ce créneau. De nouveaux territoires de consommation et d’investissement émergent et il y a des opportunités à co-saisir. C’est l’exemple de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique Centrale, où les besoins sont importants. Le Maroc, tout comme la France, sont déjà présent dans plusieurs pays africains. Là  ou certains font jouer la concurrence, nous pensons qu’il est tout aussi important de miser sur la complémentarité entre l’expérience marocaine dans le continent et l’expertise technologique et l’histoire française en Afrique.

 

Pierre Gattaz :

Le MEDEF et MEDEF International entretiennent des relations structurées avec la CGEM depuis plus de 30 ans. Cette visite s’inscrit dans le cadre de notre volonté commune d’approfondir les relations économiques et commerciales entre les deux pays en mettant l’accent sur les offres à forts contenus locaux. Entre nos deux pays, les communautés d’affaires et d’entrepreneurs sont le lien solide et durable de nos relations. Lors de la conférence économique organisée par la CGEM à Casablanca, plusieurs entreprises marocaines et françaises signeront des contrats dans les domaines aussi variés que la certification HQE, la topographie, les logiciels de sécurité. Avec un objectif : participer à la montée en gamme de l’économie marocaine, à l’image de ce que font Renault pour la filière automobile ou Safran pour la filière aéronautique. La complémentarité de nos deux économies doit également nous permettre de gagner ensemble des marchés à l’international, notamment en Afrique sub-saharienne. Pour cela, il est indispensable de multiplier les opportunités de rencontre entre les chefs d’entreprise des deux rives de la Méditerranée afin qu’il puissent établir des relations de confiance.

 

Lors du précédent « sommet » CGEM-MEDEF, une convention bilatérale avait été signée dans la capitale française. Elle prévoyait, notamment des échanges d’informations et d’expériences entre les deux confédérations. Pouvez-vous dresser un premier bilan des résultats de cette convention ?

 

Mme Miriem Bensalah-Chaqroun :

Cette convention n’est pas la première du genre. Nous l’avons revivifiée à Paris en mai 2015 parce qu’il nous est apparu que le champ de coopération pouvait être élargi à d’autres domaines qui n’étaient pas couverts par le passé. C’est l’exemple de la formation professionnelle, de la compensation industrielle, de l’internationalisation des PME, du droit de travail et de bien d’autres. Au cours ces 10 mois, les échanges entre les commissions thématiques des deux organisations patronales ont été fructueux. Nous sommes notamment en train d’élaborer des positions communes, tenant compte du vécu des uns et des autres sur des sujets qui concernent, soit les relations entre nos deux pays, soit encore des réflexions concernant la productivité et la compétitivité. Ce travail se fait à la fois directement entre les structures et aussi au niveau du Club de Chefs d’entreprises, au sein de la CGEM et du MEDEF.

 M. Pierre Gattaz :

Cet accord, signé en mai 2015, venait renforcer les relations historiques qui existent depuis plus de 30 ans entre le CNPF et la CGEM puis entre le MEDEF et la CGEM. Nos homologues marocains sont dynamiques et très bien structurés. Il existe de multiples champs de coopération et de partage de bonnes pratiques à explorer entre nos différentes organisations. Nous irons encore plus loin à Casablanca puisque nous engagerons des actions communes sur le numérique avec le déploiement d’un campus numérique via un MOOC (Massive Open Online Course) pour former nos dirigeants d’entreprise des deux côtés de la Méditerranée, en accueillant des start-ups marocaines en France et vice-versa et en organisant une Université du Numérique au Maroc.

Nous allons également engager des travaux commun sur la ville durable dans le cadre de la COP22 et pour aller ensemble en Afrique. Enfin, en matière de formation, notamment par alternance, nous considérons que c’est un enjeu majeur au Maroc comme en France, et nous lançons une initiative avec les Universités et les Ecoles, pour répondre à l’adéquation entre l’offre de formation et les besoins des entreprises.

Au-delà de la coopération entre nos deux institutions, le Club de chefs d’entreprise France-Maroc coprésidé pour la partie marocaine par Saïda Lamrani Karim, vice-président directeur général délégué du groupe Safari et par Mohamed El Kettani, PDG d’Attijariwafa Bank et pour la partie française par Xavier Beulin, président du groupe Avril et Jean-Paul Herteman, président du conseil d’administration du Cnam (qui m’accompagnent au Maroc cette semaine) est également un formidable accélérateur de mise en relation entre nos deux communautés d’affaires. Le Club a également pour vocation de faire des propositions concrètes aux deux gouvernements marocains et français pour améliorer l’environnement des affaires et la compétitivité du partenariat Maroc-France vers les marchés tiers, notamment l’Afrique sub-saharienne ou d’appuyer les PME dans leur approche des marchés.

 

Quelle est votre perception de l’état actuel des relations économiques et commerciales entre les deux pays partenaires, France et Maroc. En êtes-vous satisfaits ?

Mme Miriem Bensalah-Chaqroun :

La France est non seulement le premier partenaire économique, mais également premier investisseur étranger au Maroc. On compte à l’heure actuelle près d’un millier d’entreprises française dans le royaume. Encore plus significatif, les IDE français vers le Maroc de l’ordre de 8,6 milliards de DH en 2014, correspondent pour moitié à des implantations industrielles. Or, quand on investit dans l’industrie, on s’engage. Les entreprises marocaines investissent également dans l’Hexagone, ce qui positionne la France en tant que 4ème destinataire d’IDE marocain (14,5 %). Les expériences franco-marocaines sont des réussites. En effet, après le succès de Renault à Tanger, l’arrivée d’un deuxième constructeur automobile qui est PSA, avec son écosystème d’équipementiers, dont Saint Gobain, illustre la confiance dans le potentiel économique du Maroc.

Pierre Gattaz :

Nos relations sont excellentes, le partenariat entre la France et le Maroc est très intense. Des liens étroits et historiques nous unissent politiquement, économiquement et socialement. La France est le premier partenaire économique du Maroc, le premier investisseur, le premier bailleur de fonds, le premier pays de provenance des touristes et des transferts de fonds. Près de 750 entreprises françaises, dont 36 groupes du CAC 40 sont présentes au Maroc, ce qui représente 80 000 emplois dans le pays et 40 % des stocks d’IDE. Mais notre position commerciale, historiquement forte, est aujourd’hui fragilisée, en deuxième place derrière l’Espagne. Il faut redynamiser notre présence et nos échanges commerciaux. Il faut aussi faire venir de nouveaux acteurs : les quelques cent chefs d’entreprise qui composent la délégation du MEDEF couvrent l’ensemble des secteurs de l’économie. Le Maroc bénéficie d’une société civile très dynamique et d’un environnement compétitif qui attirent de nombreux investisseurs grâce aux initiatives du Roi Mohammed VI qui a engagé la modernisation politique, économique et sociale du pays. Nous souhaitons également développer un partenariat durable avec le Maroc, notamment en matière de formation où les besoins sont importants. Une dizaine de représentants d’écoles supérieures et instituts de formation professionnelle font d’ailleurs partie de la délégation du Medef.

 

Paris a organisé, avec le succès que l’on sait, la COP 21 en décembre dernier. Marrakech abritera en novembre prochain la Cop 22. Quel rôle comptent jouer le MEDEF et la CGEM en cette occasion ? Quel pourrait être l’apport des patrons marocains et celui de leurs homologues français ?

Mme Miriem Bensalah-Chaqroun :

La CGEM est l’une des rares organisations patronales en Afrique à s’être préoccupée de la question environnementale, indissociable également de la dimension de responsabilité sociale. Nous avons une commission dédiée à l’économie verte, une charte de responsabilité sociale et un label RSE et nous disposons d’un centre d’excellence, le CMPP (centre marocain de production propre) qui assiste les entreprises dans leurs efforts d’efficacité énergétique et d’alternatives aux source d’énergie polluante. La CGEM préside également la coalition marocaine de lutte contre les déchets et elle est partie prenante dans les préparatifs de la COP 22, tout comme elle a organisé des side events lors de la COP 21 à Paris.,De son côté, le MEDEF est très actif sur la question de l’économie verte et a joué un rôle moteur lors de la COP 21 en mobilisant le secteur privé.,L’apport des patrons marocains et français se situe au niveau de plusieurs axes. D’abord faire prendre conscience aux entreprises de la nécessité de s’inscrire dans des modes de production durables. Ensuite, chercher les solutions réalistes pour que les entreprises, en dépit de la contrainte environnementale, continuent à être compétitives, car être Vert a un coût. Enfin, il s’agit d’identifier et de structurer les futures chaînes de valeurs autour du nouveau business de l’économie verte et de se positionner sur la question. Le Maroc, tout comme la France, partent, chacun avec des atouts. Les plans solaire et éolien, tout comme la gestion de la ressource hydrique ou encore l’efficacité énergétique créent des opportunités d’affaires. Il y a, du côté français, une expertise métiers qui peut favoriser un bond technologique pour les entreprises. Il faut tirer profit de ces complémentarités.

Pierre Gattaz :

Le MEDEF et la CGEM souhaitent proposer ensemble leurs solutions technologiques pour répondre au défi climatique. Le Maroc se positionne comme leader dans les économies renouvelables, notamment le solaire. La mise en activité de la plus grande ferme mondiale à Ouarzazate génèrera 560 MWh d’ici 2020. A cette date le Royaume souhaite couvrir 42% de ses besoins grâce aux énergies renouvelables. Nous allons donc dès maintenant œuvrer pour que le business dialogue mis en place à l’occasion de la COP21 puisse se prolonger en 2016 et que les entreprises poursuivent leur action en commun dans le cadre de l’accord de Paris. Les principaux thèmes de travail du MEDEF et de la CGEM sont : le prix du carbone, le MRV (measuring, reporting & verification), le business dialogue et la compétitivité. Sachant que la France représente 1 % des émissions de gaz à effet de serre et le Maroc 0,28 %. Une grande rencontre est organisée avec la CGEM ce jeudi à Casablanca sur le thème du développement durable.

 

Propos recueillis par Fahd YATA

 

 

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