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Économie et Finance

Bank Al-Maghrib souligne l’acuité de la crise économique

par Afifa Dassouli | le 21 décembre 2016


Lors de son dernier Conseil de l’année 2016, tenu le 20 décembre, Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir son taux directeur à 2,25%. Précisons qu’il n’a pas changé de toute l’année et qu’il avait été ramené, lors du premier conseil de BAM de l’année en cours, de 2,5% à 2,25%.

Mais on notera que le comportement du taux directeur depuis la crise de 2008, a été caractérisé par une baisse continue certes, mais qui s’est effectuée par paliers.

De 3,5% en 2008, le taux de base bancaire est tombé en 2009 à 3,25% et ce, jusqu’à la moitié de 2012. Puis, il est passé à 3% de la mi-2012 à la fin 2014, avant de connaître en 2015 deux corrections, à 2,75% et 2,5%. La dernière en date était donc celle du début de 2016 à 2,25%.

C’est dire que M. Abdellatif Jouahri, Gouverneur de la Banque Centrale, a accompagné la crise économique en cherchant à en atténuer les impacts par des mesures de soutien au refinancement des banques, par une baisse de son taux directeur pour encourager le financement de l’économie et stimuler une croissance économique devenue amorphe.

En effet, le taux directeur s’appuyant sur une évaluation de l’inflation, quand celle-ci faiblit, BAM ne peut plus justifier d’une augmentation de taux directeur pour préserver le pouvoir d’achat des consommateurs. De même qu’une faible inflation dénote d’une faiblesse de la croissance économique.

Et c’est là où le bât blesse car le communiqué de l’Institut d’émission se désole d’une croissance économique en difficulté, revoyant encore une fois sa prévision d’appréciation du PIB national pour 2016, à 1,2%, tout en annonçant une estimation de croissance de 4,2% en 2017… Comme pour se donner de la marge pour opérer des corrections ultérieures à la baisse, tout au long de l’année. Car le communiqué précise clairement qu’ « A moyen terme et sous l’hypothèse de campagnes agricoles moyennes, la croissance devrait s’accélérer à 4,2% en 2017 et s’établir à 3,7% en 2018 ».


La crise, encore la crise, toujours la crise

Au-delà de ces prévisions hypothétiques, il faut reconnaître tout simplement que notre pays souffre d’une stagnation économique qui perdure, corroborée par les constats du communiqué de BAM du 20 décembre et qu’il suffit de citer :

  • L’inflation est tombée de 1,9% à 1,6% et devrait descendre à 1% en 2017 ;
  • Sur le marché du travail, une nouvelle perte de 73 mille emplois au troisième trimestre est à déplorer, portant le taux de chômage de 9,6% à 10,1% un an auparavant ;
  • Une prévision à la baisse de la croissance pour 2016, à 1,2% suite à un repli de 9,6% de la valeur ajoutée agricole et un ralentissement du PIB non agricole à 2,6%. Le PIB agricole et non agricole se déprécient donc tous les deux.
  • Le solde commercial s’est creusé de 25,3 milliards à fin novembre, ramenant le taux de couverture à 55% du fait d’un ralentissement des exportations induit par la baisse des ventes des phosphates et dérivés et l’accélération du rythme des importations. On soulignera que la baisse de la facture énergétique a été moins importante que la hausse des acquisitions de biens d’équipement.
  • Le compte courant connaitrait un déficit de 2,8% du PIB en 2016 et les réserves de change devraient continuer à se renforcer, mais à un rythme moins soutenu que prévu en septembre, pour assurer la couverture de 6 mois et 21 jours d’importations de biens et services à fin 2016.

De tous ces constats aucun ne plaide en faveur d’une amélioration de la croissance économique d’autant que l’État continue de poursuivre sa politique de réduction du déficit budgétaire, pour le porter à 3,5% du PIB à fin 2016 avec l’intention d’aller à moins de 3% ensuite. Ce qui ne saurait s’accomplir avec des dépenses qui augmentent de 5% et des recettes qui comptent sur les dons du CCG de 4,5 milliards de dirhams.

Il nous faut reconnaître donc tout simplement que si le taux directeur n’augmente pas à défaut de croissance économique, il pourrait même se produire un nouvelle baisse de ce taux dans les mois à venir dans l’hypothèse où l’atonie de l’économie devait perdurer …

Afifa Dassouli

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